La course au contrôle de Delivery Hero, l'un des principaux acteurs mondiaux de la livraison de repas, connaît un rebondissement réglementaire. La Commission européenne s'apprête à accorder un délai supplémentaire à Prosus, l'investisseur technologique néerlandais, pour réduire sa participation dans l'entreprise allemande. Selon des sources officielles, la date butoir pour cette cession serait repoussée au 11 octobre, offrant ainsi à Prosus une marge de manœuvre accrue pour contrer les avances d'Uber.

L'entreprise américaine de VTC et de livraison, dirigée par Dara Khosrowshahi, mène depuis plusieurs mois des discussions en vue d'acquérir Delivery Hero. Une telle opération lui permettrait de renforcer sa présence sur les marchés européens et asiatiques, où la plateforme berlinoise est solidement implantée. Cependant, Prosus, qui détient une part significative du capital de Delivery Hero, s'oppose à ce projet et cherche à garder le contrôle de l'entreprise.

Un enjeu stratégique pour les deux géants

Pour Uber, la reprise de Delivery Hero représenterait une étape majeure dans sa stratégie de consolidation du secteur de la livraison de repas à domicile. Le groupe américain, qui opère déjà via Uber Eats, verrait dans cette acquisition un moyen de concurrencer plus efficacement des rivaux comme Just Eat Takeaway ou DoorDash. De son côté, Prosus, filiale du conglomérat sud-africain Naspers, considère Delivery Hero comme un actif clé dans son portefeuille de services numériques.

La décision de la Commission européenne de prolonger le délai de cession intervient dans un contexte de surveillance accrue des opérations de concentration dans le secteur technologique. Le régulateur bruxellois examine actuellement les modalités de la vente par Prosus de ses actions Delivery Hero, une opération qui pourrait influer sur l'équilibre concurrentiel du marché. Ce sursis donne à Prosus le temps nécessaire pour trouver une solution alternative ou négocier avec d'autres partenaires, tout en compliquant les plans d'Uber.

Les réactions des parties prenantes

Ni Uber ni Prosus n'ont officiellement commenté l'extension de la date butoir. Toutefois, des sources proches du dossier indiquent que Prosus accueille favorablement cette décision, y voyant une occasion de défendre ses intérêts. L'entreprise néerlandaise pourrait notamment chercher à racheter des parts supplémentaires ou à s'allier avec un fonds d'investissement pour verrouiller le capital de Delivery Hero.

De son côté, Uber pourrait être contraint de revoir sa stratégie. L'entreprise américaine doit désormais composer avec un calendrier rallongé, qui laisse à Prosus le loisir de consolider sa position. Certains analystes estiment que ce délai pourrait refroidir l'enthousiasme d'Uber, tandis que d'autres jugent que le groupe de San Francisco est prêt à attendre le dénouement de ce feuilleton.

Implications pour le secteur

Ce bras de fer entre deux poids lourds de la tech autour de Delivery Hero illustre les tensions qui traversent le marché de la livraison de repas. Après une période de croissance fulgurante pendant la pandémie, le secteur fait face à une normalisation de la demande et à une pression sur les marges. Les acteurs cherchent donc à gagner des parts de marché par le biais d'acquisitions.

L'issue de cette affaire pourrait redessiner le paysage concurrentiel en Europe et au-delà. Si Uber parvient à ses fins, il deviendrait l'un des premiers opérateurs mondiaux, capable de rivaliser avec les leaders asiatiques comme Meituan ou Grab. En revanche, si Prosus conserve le contrôle de Delivery Hero, l'entreprise allemande pourrait poursuivre sa croissance indépendante ou être intégrée à une autre alliance.

La Commission européenne, qui joue un rôle central dans ce dossier, pourrait également imposer des conditions si l'opération aboutit. Les autorités de la concurrence ont déjà montré leur vigilance dans le secteur numérique, comme en témoignent les récents blocages ou aménagements de fusions. Le délai accordé à Prosus est donc aussi un signal adressé à l'ensemble du marché : Bruxelles entend peser sur les équilibres capitalistiques des entreprises technologiques.

En attendant, les regards sont tournés vers le 11 octobre, date butoir désormais fixée pour la cession par Prosus de sa participation dans Delivery Hero. D'ici là, les tractations devraient s'intensifier entre les différents protagonistes, tandis que les investisseurs scrutent chaque mouvement.