Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a déclenché une vive polémique politique en jugeant « légitime » le fait de siffler la Marseillaise dans les stades de football. Dans un entretien accordé à un quotidien d’opinion, l’élu de La France insoumise a présenté ce geste comme un « droit à la réplique populaire », en marge d’un match de la Coupe du monde 2026 entre la France et le Sénégal.
« Siffler la Marseillaise quand la France se déshonore par ses actes à l'international, c'est un droit à la réplique populaire. Parce que les enfants de celles et ceux qui sont ici dans les grands stades, ils sont citoyens d'ici mais aussi de là-bas », a-t-il déclaré. Ces propos ont immédiatement provoqué une levée de boucliers dans les rangs des partis de droite et d’extrême droite.
Les réactions de la classe politique
Le Rassemblement national a vivement condamné cette prise de position sur les réseaux sociaux, écrivant que « siffler la Marseillaise n'est pas un "droit". C'est un mépris assumé pour ce qui unit les Français et envers ceux qui ont servi la France et la défendent chaque jour ». Le président du parti, Jordan Bardella, s’est interrogé plus tôt dans la journée sur le « cynisme électoral » dont ferait preuve le maire de Saint-Denis.
Du côté des Républicains, le secrétaire général Othman Nasrou a estimé que La France insoumise franchissait « une nouvelle étape » : « la haine de la France pleinement assumée », a-t-il écrit, en référence aux précédentes controverses autour du mouvement, qu’il a énumérées, évoquant notamment « les appels à l'insurrection, la haine de la police et l'antisémitisme ». À gauche également, un député européen socialiste a adressé un « carton rouge » à l’encontre de Bally Bagayoko, sur une chaîne d’information en continu.
Un contexte déjà tendu
Ce n’est pas la première fois que l’édile de Saint-Denis suscite la controverse depuis son élection. Le 6 mai dernier, il avait refusé de raccrocher le portrait du président Emmanuel Macron dans son bureau, répondant à une demande du préfet de la Seine-Saint-Denis. Il avait alors justifié cette décision en indiquant que ce portrait resterait « décroché », en opposition à ce qu’il considérait comme une exigence de « tradition républicaine ».
La question des sifflets visant la Marseillaise n’est pas nouvelle dans cette ville. En 2001, au Stade de France, l’hymne national avait été copieusement sifflé lors d’un match entre la France et l’Algérie. Depuis une loi adoptée en 2003, le fait « d’outrager publiquement l'hymne national ou le drapeau tricolore est puni de 7 500 euros d'amende », un cadre juridique que les détracteurs de Bally Bagayoko n’ont pas manqué de rappeler.
Un débat sur les valeurs républicaines
Cette affaire relance le débat autour de la place des symboles républicains dans le débat public. Pour les opposants au maire de Saint-Denis, ses propos constituent une atteinte grave aux valeurs qui fondent la nation. Pour ses soutiens, l’élu ne fait qu’exprimer un mécontentement légitime face à une politique étrangère qu’ils jugent contestable. La polémique intervient alors que la Coupe du monde de football bat son plein, ajoutant une dimension sportive à un différend politique déjà très polarisé.