L’affaire, qui mêle location touristique et expérimentation technologique, a été portée devant la justice californienne. Le propriétaire Sean Donovan a déposé une plainte le 26 mai 2026 devant la Cour supérieure de San Francisco contre la société The Bot Company, également désignée sous le nom de Botco dans les pièces de procédure. Il réclame un peu plus de 12 000 dollars de dommages et intérêts pour les détériorations subies par son bien, qu’il louait sur la plateforme Airbnb.
Des robots aperçus par la fenêtre
Sean Donovan possède la maison de son enfance, située à San Francisco. Le 12 avril, il reçoit une réservation pour huit personnes venues dans la région pour un déplacement professionnel. Le séjour doit durer une dizaine de jours. Mais très vite, le comportement des locataires éveille ses soupçons. Une caméra Ring installée sur le pas-de-la-porte filme des individus transportant de grandes caisses noires à l’intérieur du logement. Peu après, le système de sécurité est désactivé.
Deux jours plus tard, en passant pour sortir les poubelles, Sean Donovan jette un coup d’œil par la fenêtre. Il aperçoit alors des câbles noirs scotchés aux murs et une personne assise devant un ordinateur portable, à côté d’un engin qu’il décrit comme un « Roomba à chenilles » haut d’environ 1,80 mètre, évoquant l’univers du cybernétique Borg de la série Star Trek.
Des dégâts étendus et un vol présumé
Au départ des occupants, le 23 avril, le constat est accablant. Selon la plainte, la peinture et le sol sont abîmés, le cadre d’une porte de cuisine est endommagé, les tiroirs et les armoires ont été vidés de leur contenu, des livres et des objets décoratifs ont été déplacés. Les appareils électroménagers portent des traces de rayures : lave-vaisselle, réfrigérateur, machine à laver. Des clayettes du lave-vaisselle sont tordues et ont été retirées. Les meubles en bois – dont une table de salle à manger décrite comme « un héritage familial antique » – présentent des éclaboussures et des éraflures. Des carreaux de salle de bains sont ébréchés. Une œuvre d’art réalisée au laser est brisée. Surtout, une étagère à chaussures et plusieurs paires de chaussures ont disparu d’un placard fermé à clé, un fait que le plaignant qualifie de « potentiellement criminel ».
Une startup discrète mais bien financée
Fondée en 2024, The Bot Company est une jeune pousse de San Francisco qui se présente comme une « entreprise construisant un robot utile pour chaque foyer ». Son site internet ne montre aucune image de ses prototypes, mais elle a levé plus de 300 millions de dollars auprès d’investisseurs tels que Greenoaks, NFDG, Spark, Eclipse, Kleiner Perkins et Y Combinator. Sa valorisation atteindrait 2 milliards de dollars selon certaines sources spécialisées.
Ses cofondateurs sont Kyle Vogt, connu pour avoir créé la plateforme de streaming Twitch et pour avoir été à la tête de Cruise Automation (la filiale de voitures autonomes de General Motors, fermée fin 2024), et Paril Jain, ancien responsable de l’intelligence artificielle chez Tesla. Tous deux ont fait leurs armes dans les technologies de pointe, mais leur discrétion contraste avec l’ampleur des moyens financiers dont ils disposent.
D’autres hôtes mécontents
L’enquête menée par Sean Donovan et les médias locaux a permis d’identifier que plusieurs des personnes ayant loué son logement étaient déjà associées à des avis négatifs laissés par une douzaine d’autres hôtes Airbnb. Ces derniers décrivent des détériorations similaires : armoires, murs, sols, portes. Aucun commentaire officiel n’a été obtenu de la part de The Bot Company, qui n’a pas répondu aux sollicitations des journalistes.
Des essais grandeur nature risqués
L’affaire soulève des questions sur les méthodes de test employées par les start-up de la robotique. Alors que les laboratoires d’entreprise sont le cadre habituel des expérimentations, louer des logements sans en informer le propriétaire pour y faire évoluer des prototypes expose à des risques juridiques et d’image. Les maisons particulières présentent des environnements non structurés, avec des objets fragiles, ce qui rend difficile le déploiement de robots domestiques sans incidents. Le cas de Sean Donovan montre que la frontière entre expérimentation et exploitation commerciale peut être franchie, avec des conséquences financières et judiciaires pour la jeune pousse.