Un rapport de travail, auquel a contribué l'économiste français Thomas Piketty, esquisse une trajectoire ambitieuse pour l'économie mondiale : faire converger, d'ici la fin du siècle, les revenus de tous les pays vers ceux des nations les plus riches. Le document, dont les grandes lignes ont été rendues publiques, constate en préambule que « les écarts de revenus par habitant sont immenses aujourd'hui » entre les différentes régions du globe.

Selon ce scénario, parvenir à un tel objectif nécessiterait une redéfinition complète des modes de production. Les auteurs du rapport préconisent en particulier l'abandon des hydrocarbures au profit des énergies éolienne et solaire. Cette transition énergétique est présentée comme une condition structurelle pour permettre une croissance soutenable et équitable à l'échelle planétaire.

Le document ne se limite pas à un constat des inégalités, il propose un cadre chiffré pour le XXIe siècle : un rattrapage progressif des niveaux de vie, porté par une transformation des systèmes énergétiques et productifs. Les travaux s'inscrivent dans une réflexion plus large sur la redistribution mondiale des richesses et la soutenabilité écologique. Ils esquissent une feuille de route où la fin de l'exploitation des énergies fossiles est présentée comme le levier principal pour atteindre une convergence économique entre pays riches et pays pauvres.

Les pistes avancées par ce rapport interviennent dans un contexte de débats récurrents sur les limites de la croissance et la justice climatique. En liant explicitement réduction des inégalités internationales et transition énergétique, les auteurs cherchent à articuler deux enjeux souvent traités séparément. Le document, bien que prospectif à l'extrême (horizon 2100), a pour ambition d'alimenter les discussions sur les modèles de développement à long terme.

Une approche qui mêle économie et écologie

L'originalité de la proposition réside dans le couplage entre objectif social — la convergence des revenus — et impératif environnemental — la sortie des énergies fossiles. Pour les auteurs, ces deux dimensions sont indissociables : sans une transformation radicale du mix énergétique, la croissance nécessaire au rattrapage des pays les plus pauvres risquerait d'aggraver la crise climatique. À l'inverse, une transition énergétique mondiale bien conduite pourrait créer les conditions d'un développement plus équitable.

Le rapport ne détaille pas les mécanismes précis de mise en œuvre, mais il pose un cadre normatif fort : celui d'un monde où, d'ici 2100, les écarts de revenus par habitant entre pays auraient quasiment disparu. Cette vision implique des transferts massifs de technologies, des investissements colossaux dans les énergies renouvelables, et probablement une réorganisation des relations commerciales internationales.

Un document de travail qui nourrit le débat

Le statut de « rapport de travail » ou de « document de travail » indique qu'il s'agit d'une contribution académique, destinée à être discutée, critiquée et amendée. Il n'a pas de portée officielle ni contraignante. Cependant, la notoriété de Thomas Piketty et les thèmes abordés — inégalités, climat, convergence économique — garantissent une large audience dans les cercles de réflexion économique et politique.

Cette publication intervient alors que les discussions internationales sur la finance climatique et les dettes des pays en développement sont régulièrement au cœur des agendas diplomatiques. En proposant un horizon aussi lointain, le rapport invite à dépasser le court-termisme des politiques publiques pour envisager des transformations structurelles sur plusieurs décennies.

Si la faisabilité technique et politique d'un tel scénario reste sujette à débat, le document a le mérite de poser, de manière chiffrée et argumentée, la question de l'articulation entre justice sociale mondiale et urgence écologique.