L’affaire

Le 3 décembre 2025, Henry Nowak, étudiant en première année à l’université de Southampton, regagnait seul son logement après une soirée avec ses coéquipiers de football lorsqu’il a croisé la route de Vickrum Digwa. Âgé de 23 ans, ce dernier a porté plusieurs coups de couteau au jeune homme, dont une blessure mortelle au cœur. L’arme, une lame de 21 centimètres, a été présentée par Digwa comme étant portée dans le cadre de sa foi sikhe.

Lors de son procès, Digwa a soutenu avoir agi en état de légitime défense, affirmant avoir été victime d’insultes racistes et d’une agression de la part d’Henry Nowak. Le jury a rejeté cette version, qualifiée par l’accusation de « mensonge abject ». Les analyses toxicologiques ont par ailleurs montré que le taux d’alcool de la victime était inférieur à la limite légale pour la conduite automobile. Digwa a été reconnu coupable de meurtre, et condamné le lundi suivant à la réclusion criminelle à perpétuité, avec une période de sûreté de 21 ans.

L’intervention des forces de l’ordre

Les caméras-piétons portées par les agents de la police du Hampshire et de l’île de Wight, diffusées avec l’accord de la famille, montrent la séquence des événements. Henry Nowak, gisant sur le dos, répète à neuf reprises « Je ne peux pas respirer » et affirme « J’ai été poignardé ». Alors qu’il est en train de perdre connaissance, les policiers le font asseoir et lui passent les menottes. Un agent lui répond « Ne crois pas ça, mon vieux », tandis que Digwa, présent sur place, accuse la victime de l’avoir frappé et d’avoir arraché son turban. Un autre policier demande « Où pensez-vous qu’il a été poignardé ? Au visage ? », un collègue rétorquant « Il n’a pas été poignardé ». Henry Nowak est alors informé qu’il est en état d’arrestation pour voies de fait.

Le père de la victime, Mark Nowak, a déclaré devant le tribunal que son fils n’est « pas mort dans la dignité » et que le contraste entre le traitement réservé à son enfant et celui accordé à Digwa est « insoutenable ». Il a souligné que Digwa « n’a jamais été menotté ». La famille a qualifié la prise en charge par les forces de l’ordre d’« inhumaine et dégradante ».

L’enquête du gendarme des polices

L’Independent Office for Police Conduct (IOPC), organe de contrôle indépendant des polices en Angleterre et au pays de Galles, a confirmé mener une enquête indépendante. Celle-ci examine les contacts entre les agents et Henry Nowak avant son décès, survenu le 4 décembre, en particulier l’usage des menottes et les premiers soins administrés. L’enquête a été ouverte après un signalement obligatoire de la force concernée. Les agents impliqués sont actuellement considérés comme des témoins.

Le directeur régional de l’IOPC, Derrick Campbell, a indiqué que l’organisme examine un volume important d’images issues des caméras-piétons, en les replaçant dans le contexte des autres éléments recueillis. La police du Hampshire et de l’île de Wight a présenté ses excuses. Le commissaire adjoint temporaire Robert France a reconnu « une tragédie que les agents n’aient pas immédiatement compris ce qui était arrivé à Henry », et a exprimé ses regrets qu’il ait été menotté alors qu’il perdait connaissance. Il a ajouté s’attendre à ce que l’IOPC enquête sur « l’ensemble de ce qui s’est passé ».

Réactions politiques et suites judiciaires

Le bureau du procureur général a indiqué avoir reçu « plusieurs demandes » visant à examiner la peine infligée à Digwa dans le cadre du dispositif des peines indûment clémentes. Les services juridiques de l’État disposent de 28 jours à compter du prononcé de la sentence pour se prononcer.

La ministre de la Crime et de la police, Sarah Jones, a qualifié l’affaire d'« véritablement horrible » et a souhaité que l’enquête de l’IOPC permette d’établir la vérité. Le Premier ministre, Keir Starmer, a évoqué un « cas affreux et choquant », appelant à mettre fin au « cycle de tragédies » lié à la violence à l’arme blanche.

La commissaire à la police et à la criminalité du Hampshire et de l’île de Wight, Donna Jones, a parlé de « tragédie nationale » et a demandé au gouvernement un examen urgent de la réglementation sur le port d’armes blanches à des fins religieuses ou cérémonielles.

La position de la communauté sikhe

La communauté sikhe a fermement condamné le meurtre. La Fédération sikhe a précisé que la lame utilisée par Digwa n’était pas un poignard religieux, appelé kirpan. L’Association de presse sikhe a annoncé que des initiatives sont en cours pour informer directement les sikhs initiés au Royaume-Uni sur les règles et les responsabilités liées au port du kirpan. La famille de Digwa a présenté ses excuses à la famille de la victime et à la communauté sikhe, espérant que cette tragédie ne sera pas utilisée pour attiser les divisions.