Un recours déposé devant la justice fédérale samedi conteste l'organisation d'un événement de l'Ultimate Fighting Championship (UFC) à la Maison-Blanche, programmé pour le 14 juin, jour du 80e anniversaire du président Donald Trump.

Des plaignants et leurs arguments

La plainte, introduite par Susan Douglas, une retraitée et organisatrice politique, et Paul Romano, un vétéran de la guerre du Vietnam, est portée par le Public Integrity Project, une association à but non lucratif spécialisée dans la lutte contre la corruption et la promotion de la bonne gouvernance. Les deux requérants, qui fréquentent régulièrement le secteur, affirment subir un préjudice esthétique en raison du spectacle organisé à proximité des monuments nationaux.

Le texte de la plainte qualifie l'événement de « nuit de combats en cage » et soutient que le chef de l'État offre à Dana White, dirigeant de l'UFC, et à son entreprise un accès sans précédent à la Maison-Blanche et au Mémorial de Lincoln pour y organiser une manifestation sportive privée et lucrative. Ce dernier site doit accueillir les pesées de cérémonie des combattants. L'action en justice soulève plusieurs irrégularités : l'absence d'autorisation du Congrès pour transformer le domaine présidentiel, le contournement des procédures d'évaluation environnementale et la violation présumée des règlements du National Park Service qui interdisent les compétitions sportives sur les terrains fédéraux.

Enjeux financiers et conflits d'intérêts

La procédure met l'accent sur les bénéfices personnels que pourraient retirer le président et ses proches. Elle cite des informations selon lesquelles des billets premium étaient vendus plus d'un million de dollars pièce. Elle relève également les droits de diffusion que percevra Paramount Skydance, média détenu par Larry et David Ellison, deux dirigeants liés à Donald Trump. Le recours mentionne en outre que le président a acquis, en mars, entre 15 000 et 50 000 dollars d'actions de TKO Holding Group, la société mère de l'UFC, alors même qu'il promouvait l'événement.

La défense de la Maison-Blanche

Interrogée par l'Associated Press, l'administration a qualifié le recours d'« obstructionniste, infondé et dilatoire ». Elle a soutenu que ce combat n'était « pas différent des divers autres événements organisés à la Maison-Blanche sur la pelouse Sud, ainsi que des manifestations dûment autorisées sur l'Ellipse et le National Mall tout au long de l'année ». La Maison-Blanche n'a pas répondu aux sollicitations directes ce dimanche, pas plus que l'UFC.

Un décorum imposant

Depuis plusieurs semaines, la pelouse Sud de la Maison-Blanche est dominée par un arc en acier de 600 tonnes destiné à servir d'enceinte à l'événement. Une cage octogonale y a été installée, et Donald Trump a évoqué une « arène de 5 000 places juste devant la porte d'entrée de la Maison-Blanche ». Selon la plainte, les combattants doivent également effectuer leur entrée depuis le Bureau ovale. Des aires de visionnage publiques seront aménagées à proximité, sur l'Ellipse. Par ailleurs, le site Military Times a indiqué que 1 200 militaires ayant reçu des invitations devaient satisfaire à des critères stricts de ratio tour de taille/taille.

Ancrage politique et précédents

Le président entretient des liens anciens avec le catch et les arts martiaux mixtes. Ses casinos et salles de spectacles ont accueilli des combats par le passé. Il est apparu régulièrement dans des productions de la World Wrestling Entertainment (WWE) dans les années 1990 et 2000. Linda McMahon, actuelle secrétaire à l'Éducation, est cofondatrice de la WWE. Plus récemment, Donald Trump s'est rapproché de l'UFC, dont Dana White, le président, est un allié proche. Des analystes politiques estiment que cette proximité avec le sport a aidé le président à séduire un électorat masculin mécontent lors de la campagne de 2024.

Cette action en justice s'inscrit dans une série de contestations contre des projets présidentiels à Washington, comme le projet d'arc triomphal de 250 pieds près du cimetière national d'Arlington. L'affaire a été confiée ce dimanche au juge Amit P. Mehta, nommé par Barack Obama au tribunal fédéral de district de Washington. Il devra déterminer si les plaignants subissent un préjudice direct leur conférant qualité pour agir.