L'Agence spatiale européenne (ESA) a dévoilé une image spectaculaire du centre de la Voie lactée réalisée par son télescope spatial Euclid. Pour la première fois, un instrument en orbite a saisi en un seul cliché une zone aussi étendue et profonde du bulbe galactique, la région la plus dense et la plus complexe de notre galaxie.
Une vue inégalée du bulbe galactique
Euclid a pointé ses instruments vers le cœur de la Voie lactée pendant plusieurs heures, accumulant la lumière d'astres situés à des distances variant de quelques centaines à plusieurs dizaines de milliers d'années-lumière. Le résultat est un champ stellaire d'une richesse inouïe : environ soixante millions d'étoiles sont résolues individuellement sur l'image, un nombre qui dépasse très largement ce que les observatoires précédents, comme Hubble ou le Very Large Telescope, avaient pu obtenir sur une surface comparable du ciel.
Cette performance est rendue possible par la conception même d'Euclid. Le télescope, d'une ouverture de 1,2 mètre, est optimisé pour fournir des images très nettes sur un large champ de vision, tout en étant sensible dans le visible et le proche infrarouge. Le rayonnement infrarouge est essentiel pour percer les nuages de poussière interstellaire qui obscurcissent le centre galactique en lumière visible. Grâce à cette capacité, Euclid révèle des détails jusque-là inaccessibles.
Un laboratoire pour la dynamique stellaire
Au-delà de l'éblouissement visuel, cette moisson de données constitue un outil scientifique majeur. Le centre de la Voie lactée est un laboratoire unique pour étudier la dynamique des étoiles dans un environnement extrême, soumis à la gravité du trou noir supermassif Sagittarius A*. En analysant les positions, les mouvements propres et les caractéristiques spectrales de ces millions d'astres, les astrophysiciens espèrent reconstituer l'histoire de la formation stellaire dans notre galaxie et comprendre comment se sont structurées les populations d'étoiles du bulbe.
L'image révèle aussi une variété de types d'étoiles : des naines rouges froides jusqu'aux supergéantes bleues, en passant par des étoiles variables et des étoiles en phase de géante rouge. Cette diversité permettra de contraindre les modèles d'évolution stellaire dans des conditions de métallicité et de densité très différentes de celles observées dans le voisinage solaire.
Un avant-goût des futures moissons
Euclid a été lancé en juillet 2023 pour une mission principale de six ans, destinée à cartographier la répartition de la matière noire et de l'énergie sombre dans l'Univers. Son balayage systématique du ciel couvrira plus d'un tiers de la voûte céleste. L'image du centre galactique n'est que l'une des premières « images de calibration » prises avant le début du grand relevé cosmologique.
Les scientifiques soulignent que cette observation du cœur de notre galaxie n'était pas un objectif prioritaire de la mission, mais qu'elle démontre la polyvalence de l'instrument. Les données de calibration, versées dans les archives publiques, sont déjà exploitées par de nombreuses équipes de recherche dans le monde. Les spécialistes prévoient que l'analyse complète de ce champ stellaire apportera des découvertes majeures dans les mois à venir, notamment sur les étoiles les plus faibles et les plus lointaines du bulbe, ainsi que sur la possible présence de populations stellaires d'origine extragalactique, vestiges de fusions anciennes.