Un débat agite la communauté de Sciences Po autour de la gouvernance de son directeur, Luis Vassy. Dans une tribune parue ces derniers jours, des enseignants-chercheurs et anciens membres de l'établissement dénoncent une « verticale du pouvoir » qui serait étrangère au « principe de collégialité » qui régit traditionnellement l’université. Les signataires estiment que la direction actuelle concentre les décisions entre les mains d’un nombre restreint de personnes, court-circuitant les instances de délibération collective.

Un mode de direction contesté Les auteurs du texte pointent plusieurs décisions récentes qui illustreraient cette dérive. Ils évoquent notamment des nominations à des postes clés sans consultation suffisante des conseils académiques, ainsi que des orientations stratégiques imposées sans véritable débat interne. La tribune affirme que Luis Vassy, nommé en 2024, a instauré une culture managériale inspirée des cabinets ministériels, rompant avec une tradition de gouvernance partagée où le directeur agit comme un primus inter pares.

La collégialité, pilier de la tradition universitaire Le principe de collégialité, rappellent les signataires, est un fondement de la gouvernance des universités en France. Il implique que les décisions importantes soient prises par des assemblées représentatives (conseils d’administration, conseils académiques) et non par une seule personne. À Sciences Po, ce principe a longtemps été incarné par des directeurs issus du monde académique, disposant d’une forte légitimité scientifique. L’arrivée de Luis Vassy, un haut fonctionnaire formé à l’École nationale d’administration (ENA) et ayant occupé des postes diplomatiques, marquerait un changement de profil.

Une tension entre efficacité et participation Les critiques ne remettent pas en cause les compétences de Luis Vassy dans le domaine de la gestion et des relations internationales. Mais ils estiment que son style de direction, jugé directif, nuit à la vie démocratique de l’établissement. La tribune s’inquiète d’un « déficit de dialogue social » et de la mise à l’écart de certaines composantes de l’université (enseignants, personnels, étudiants) dans les processus de décision. Les signataires appellent à un retour à une gouvernance plus horizontale, respectueuse des statuts et des usages.

Réactions et enjeux Pour l’heure, la direction de Sciences Po n’a pas officiellement répondu à ces accusations. L’établissement, qui traverse une période de transformation et fait face à des défis budgétaires, devra trouver un équilibre entre réactivité et respect des traditions. Ce débat intervient alors que la loi de 2013 sur l’enseignement supérieur et la recherche a déjà renforcé les pouvoirs des présidents d’université, suscitant des tensions similaires dans d’autres établissements.

Un appel à la vigilance Au-delà du cas particulier de Sciences Po, la tribune pose une question plus large sur la gouvernance des grandes écoles et universités dans un contexte de concurrence internationale accrue. Faut-il privilégier des dirigeants issus de l’administration ou du privé, rompus à la logique de performance, ou maintenir une culture académique fondée sur le consensus et la délibération collective ? Les signataires plaident pour la seconde option, estimant que la collégialité est une garantie d’indépendance et de qualité scientifique.