La ville de Varsovie a annoncé la construction d'un Mur du Souvenir destiné à honorer la mémoire des victimes de ce qu'elle qualifie de « génocide » commis par les « nationalistes ukrainiens » pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce projet, porté par les autorités municipales en collaboration avec l'Institut de la Mémoire Nationale (IPN), doit être érigé dans le quartier de Mokotów, à proximité de l'église gréco-catholique ukrainienne. La date du 11 juillet a été retenue pour l'inauguration, coïncidant avec le 83e anniversaire du début des massacres perpétrés en Volhynie et en Galicie orientale entre 1943 et 1945.

Un crime qualifié de génocide par Varsovie

Les faits remontent à la Seconde Guerre mondiale : des unités de l'Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) et de l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) ont mené des opérations meurtrières contre les populations polonaises dans les régions de Volhynie et de Galicie orientale. Les historiens estiment le nombre de victimes polonaises entre 60 000 et 120 000, tandis que les représailles polonaises ont également fait des milliers de morts parmi les civils ukrainiens. En 2016, la Diète polonaise (Sejm) a adopté une résolution reconnaissant ces événements comme un génocide, suscitant des protestations de la part de Kiev qui rejette ce terme et préfère parler d'un « conflit bilatéral ».

Un projet contesté par Kiev

L'érection de ce mur intervient dans un climat diplomatique déjà tendu entre Varsovie et Kiev. Le gouvernement ukrainien a exprimé son mécontentement, estimant que cette initiative unilatérale ne tient pas compte des souffrances des Ukrainiens tués lors des représailles polonaises. Certains responsables ukrainiens rappellent que des centaines de milliers d'Ukrainiens ont été déplacés ou massacrés dans le cadre de l'opération « Vistule » menée par le régime communiste polonais en 1947. La question mémorielle empoisonne régulièrement les relations bilatérales, même si les deux pays ont affiché une unité face à l'invasion russe de l'Ukraine depuis 2022.

Un monument à la mémoire des disparus

Le Mur du Souvenir prendra la forme d'un panneau de granit noir gravé des noms des localités où les massacres ont eu lieu. Un espace de recueillement est prévu autour de l'édifice, avec des bancs et des arbres. Les autorités polonaises ont précisé que le monument n'a pas vocation à jeter l'opprobre sur le peuple ukrainien contemporain, mais à rendre hommage aux morts. Toutefois, le choix du terme « génocide » et l'absence de mention des victimes ukrainiennes dans le projet ont été critiqués par des observateurs et des associations ukrainiennes.

La Pologne face à son devoir de mémoire

Cette décision s'inscrit dans une politique mémorielle plus large menée par Varsovie depuis une dizaine d'années. Le parti Droit et Justice (PiS), aujourd'hui dans l'opposition, avait déjà fait de la réhabilitation des victimes polonaises de l'Est un axe de sa politique historique. Bien que le gouvernement actuel soit dirigé par une coalition centriste, la question du souvenir des massacres de Volhynie reste un consensus national. Plusieurs monuments commémoratifs ont été érigés dans d'autres villes polonaises, mais celui de Varsovie est le plus ambitieux par sa taille et sa symbolique.

Des relations polono-ukrainiennes mises à l'épreuve

L'Ukraine a conditionné son adhésion à l'Union européenne à une résolution des contentieux historiques avec ses voisins. Or, les déclarations polonaises sur ce « génocide » compliquent le dialogue. À Kiev, certains analystes redoutent que cette initiative ne fragilise la solidarité affichée depuis le début de la guerre contre Moscou. De son côté, Varsovie assure vouloir distinguer le passé douloureux de la coopération présente. Le président ukrainien et son homologue polonais se sont rencontrés à plusieurs reprises ces derniers mois pour tenter d'apaiser les tensions.

Les prochaines étapes

Les travaux de construction doivent débuter dans les semaines à venir. Une cérémonie officielle est prévue le 11 juillet 2026 en présence de représentants du gouvernement polonais, de l'Église catholique et d'associations de victimes. L'ambassade d'Ukraine à Varsovie n'a pas encore confirmé sa participation. Le maire de la capitale polonaise a déclaré espérer que ce monument devienne un lieu de recueillement et de réflexion, invitant les citoyens ukrainiens vivant en Pologne à se joindre à l'hommage.