Le département américain du Commerce a officialisé, le 10 juillet, un assouplissement significatif des règles d'exportation vers les Émirats arabes unis. Cette décision, publiée pour examen public avant son inscription au Federal Register prévue le 14 juillet, autorise huit entreprises américaines – Apple, Amazon, Google, Meta, Microsoft, OpenAI, Oracle et xAI – à exporter des puces d'intelligence artificielle (IA) avancées, des serveurs et des logiciels d'IA vers leurs filiales situées aux Émirats sans avoir à demander une licence individuelle.
Deux entreprises émiraties, G42 et Core42, bénéficient du même régime que les huit groupes américains. En outre, le département du Commerce a annoncé qu'il examinerait favorablement les futures demandes de licence déposées par MGX, le fonds technologique émirati. Le texte reclassifie les Émirats arabes unis dans un groupe de pays bénéficiant d'exceptions de licence élargies pour le matériel militaire et les biens à double usage, une catégorie réservée jusqu'alors aux membres de l'OTAN et à quelques alliés proches. Les Émirats deviennent ainsi le seul pays de ce groupe à ne pas appartenir aux régimes multilatéraux de contrôle des exportations. Le texte n'inclut ni Israël ni l'Arabie saoudite dans cette catégorie.
Un accès à des technologies de pointe
L'assouplissement active pour les Émirats la licence « Exception STA », une autorisation commerciale stratégique déjà accordée à d'autres alliés, pour tous les articles non couverts par l'exemption sans licence. Les sections 742.6(a)(6)(iii)(A) et (B) du règlement américain sur l'administration des exportations définissent les puces avancées, les serveurs et les logiciels associés soumis à contrôle, ainsi que leurs destinataires autorisés. Selon certaines informations, Apple emploierait cet accès facilité pour ses centres de données situés aux Émirats.
Cette mesure s'inscrit dans le prolongement d'un accord préliminaire conclu en 2025 entre Washington et Abou Dhabi pour l'importation de centaines de milliers de puces NVIDIA, un cadre finalisé en mai de la même année.
Des critiques politiques
La sénatrice démocrate Elizabeth Warren a vivement critiqué cette décision, dénonçant des risques de détournement de technologies sensibles vers la Chine. Selon elle, l'assouplissement des restrictions pourrait permettre à des puces d'IA et à du matériel militaire de passer entre les mains d'acteurs non autorisés. Les Émirats arabes unis n'appartenant pas aux régimes multilatéraux de contrôle des exportations, certains observateurs s'interrogent sur les garanties mises en place pour prévenir tout détournement.
Contexte géopolitique
Ce reclassement des Émirats arabes unis dans une catégorie privilégiée intervient dans un contexte de concurrence technologique accrue entre les États-Unis et la Chine. Washington cherche à renforcer les liens avec ses alliés tout en limitant l'accès de Pékin aux technologies de pointe. Les Émirats, en tant que hub technologique et commercial majeur au Moyen-Orient, représentent un partenaire stratégique pour les entreprises américaines du secteur de l'IA.