Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a signé une loi qui supprime le statut de langue protégée accordé au russe dans certaines régions du pays. La mesure, officialisée ces derniers jours, met fin à un dispositif qui permettait à des langues minoritaires de bénéficier d'une protection spécifique dans les zones où elles étaient parlées par une part significative de la population.

« La langue d'un État agresseur ne peut pas bénéficier d'instruments de protection », a déclaré le chef de l'État pour justifier cette décision. Cette formulation fait directement référence à l'invasion lancée par la Russie contre l'Ukraine en février 2022, conflit qui a profondément modifié le rapport des autorités ukrainiennes à la langue de leur voisin.

Une loi héritée d'une époque antérieure au conflit

Le texte adopté abroge une loi antérieure qui offrait un cadre de protection aux langues régionales, dont le russe. Ce dernier était jusqu'alors considéré comme une langue minoritaire protégée dans plusieurs oblasts de l'est et du sud du pays, où une partie importante de la population l'utilisait au quotidien. Ce dispositif avait été mis en place avant le début de la guerre, dans un contexte où Kiev cherchait à équilibrer les droits linguistiques entre l'ukrainien, seule langue officielle, et les idiomes régionaux.

La nouvelle législation retire donc au russe cette protection juridique, le faisant passer d'un statut de langue régionale bénéficiant de garanties spécifiques à celui de simple langue minoritaire sans protection particulière. Les autorités ukrainiennes n'ont pas précisé si d'autres langues étaient concernées par cette révision.

Un geste politique fort en pleine guerre

Cette décision s'inscrit dans un mouvement plus large de renforcement de l'identité nationale ukrainienne et de distanciation avec la culture russe depuis le début du conflit. Le gouvernement a multiplié les initiatives visant à promouvoir l'usage de l'ukrainien dans l'administration, l'éducation et les médias, tout en limitant l'influence culturelle et linguistique de Moscou.

Le russe reste toutefois largement parlé en Ukraine, notamment dans les régions orientales et méridionales, où une partie de la population l'emploie comme langue maternelle ou seconde. La mesure pourrait susciter des réactions contrastées au sein de la société ukrainienne, entre ceux qui y voient une nécessité patriotique et ceux qui craignent une atteinte aux droits des minorités russophones.

Un contexte de durcissement législatif

Cette abrogation n'est pas isolée. Depuis l'invasion russe, le Parlement ukrainien a adopté plusieurs lois visant à limiter l'usage du russe dans l'espace public. Parmi les mesures déjà en vigueur figurent l'obligation pour les médias de diffuser en ukrainien, la généralisation de cette langue dans l'enseignement secondaire et supérieur, ou encore le remplacement de la littérature russe par des œuvres ukrainiennes dans les programmes scolaires.

Le gouvernement justifie ces réformes par la nécessité de préserver la souveraineté culturelle et linguistique du pays face à ce qu'il qualifie d'« agression hybride » de la part de la Russie. Les autorités soulignent que le russe n'est pas interdit, mais qu'il ne bénéficie plus d'un statut dérogatoire qui le plaçait sur un pied d'égalité juridique avec l'ukrainien dans certaines régions.

Quelles conséquences pour les russophones ?

Dans les faits, les locuteurs du russe continueront à pouvoir utiliser leur langue dans la vie privée et les échanges informels. La mesure a principalement un impact sur les services publics et l'administration locale, qui ne seront plus tenus de proposer des documents ou des procédures en russe dans les zones où il était protégé.

Les russophones d'Ukraine, qui constituent une minorité importante estimée à plusieurs millions de personnes, pourraient voir leurs droits linguistiques réduits dans les démarches officielles. Les organisations de défense des minorités linguistiques n'ont pas encore réagi officiellement à cette annonce, mais des critiques pourraient émerger sur la scène internationale, notamment de la part de pays qui estiment que la protection des minorités fait partie des critères d'adhésion à l'Union européenne.

Kiev a réaffirmé son engagement à respecter les droits des minorités, tout en estimant que la guerre justifie des mesures exceptionnelles. La question linguistique reste un sujet sensible en Ukraine, où elle a souvent été instrumentalisée par Moscou pour justifier son intervention militaire, notamment en revendiquant la défense des russophones du Donbass.