Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a signé une loi retirant à la langue russe son statut de langue protégée sur le territoire ukrainien. Cette décision, annoncée officiellement ces derniers jours, abroge la législation de 2012 qui accordait au russe un statut de langue régionale bénéficiant de mesures de protection particulières.

En justifiant cette mesure, le chef de l’État ukrainien a déclaré que « la langue d’un État agresseur ne peut pas bénéficier d’instruments de protection ». Cette formulation fait directement référence à l’invasion russe de l’Ukraine, en cours depuis plusieurs années, et à la qualification de la Russie comme « État agresseur » par les autorités de Kyiv.

Une loi adoptée sous le précédent gouvernement

La loi de 2012, adoptée sous la présidence de Viktor Ianoukovytch, autorisait l’usage du russe comme langue officielle dans les régions où la population russophone représentait au moins 10 % des habitants. Ce texte avait été vivement critiqué par les milieux nationalistes ukrainiens, qui y voyaient une concession excessive à Moscou et une menace pour la langue ukrainienne. Après la révolution de 2014 et la fuite de Ianoukovytch, le Parlement ukrainien avait tenté d’abroger cette loi, mais le président de l’époque, Petro Porochenko, n’avait pas promulgué l’abrogation.

Un geste symbolique fort en pleine guerre

En supprimant ce statut protecteur, Volodymyr Zelensky envoie un signal politique clair à la fois à la population ukrainienne et à la communauté internationale. Alors que le conflit avec la Russie se poursuit, Kyiv multiplie les mesures visant à renforcer l’identité nationale ukrainienne et à réduire l’influence culturelle et linguistique de Moscou. Le russe reste toutefois largement parlé en Ukraine, notamment dans l’est et le sud du pays, ainsi que dans les grandes villes.

Cette décision s’inscrit dans une série de réformes linguistiques engagées depuis le début de l’invasion russe. En 2019, une loi sur le fonctionnement de la langue ukrainienne comme langue d’État avait déjà renforcé son usage dans la vie publique, les médias et l’éducation. Le retrait du statut protégé du russe constitue une étape supplémentaire dans ce processus.

Réactions et implications

Les autorités russes n’ont pas encore réagi officiellement à cette annonce, mais Moscou dénonce depuis longtemps ce qu’elle considère comme une « discrimination » des russophones en Ukraine. Dans les territoires sous contrôle russe, la question linguistique est utilisée comme un instrument de légitimation de l’intervention militaire. À l’inverse, les partisans de la mesure à Kyiv saluent une décision « logique » et « nécessaire » en temps de guerre.

Sur le plan pratique, l’abrogation signifie que le russe ne bénéficiera plus des garanties juridiques qui lui étaient accordées par la loi de 2012. Cependant, son usage dans la vie quotidienne – dans les foyers, les échanges informels ou encore certains médias – ne devrait pas être directement affecté. La mesure a surtout une portée symbolique et politique, visant à marquer une rupture avec le passé et à affirmer la souveraineté de l’Ukraine face à son voisin.

Un contexte de guerre qui accélère les réformes

Depuis le début de l’invasion russe en février 2022, l’Ukraine a engagé une série de réformes législatives destinées à renforcer son indépendance culturelle et politique. Parallèlement à la question linguistique, le gouvernement a ainsi accéléré le processus d’adhésion à l’Union européenne et pris des mesures pour réduire la dépendance énergétique et économique vis-à-vis de la Russie. La décision concernant le russe s’inscrit dans cette dynamique de « dérussification » de l’espace public ukrainien, qui a débuté bien avant 2022 mais s’est intensifiée avec la guerre.

Reste à savoir si cette abrogation entraînera des réactions diplomatiques de la part de la Russie ou d’autres pays. Pour l’heure, l’Ukraine semble déterminée à poursuivre dans cette voie, Volodymyr Zelensky affirmant ainsi sa volonté de rompre définitivement avec l’héritage linguistique et politique de l’époque soviétique et postsoviétique.