Un avertissement martial depuis Singapour
Alors que les discussions entre Washington et Téhéran piétinent, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a lancé un avertissement sans ambiguïté lors du Dialogue de Shangri-La, forum sur la défense réuni à Singapour. « Nous sommes plus que capables de reprendre les frappes si nécessaire », a-t-il déclaré, selon des propos rapportés ce samedi 30 mai. Le chef du Pentagone a ajouté que les stocks de munitions américains sont « plus qu'appropriés pour cela, tant ici qu'à travers le monde », soulignant que l'armée dispose d'un équilibre entre munitions de haute technologie et armements produits en plus grande série. Cette sortie intervient alors que les échanges diplomatiques amorcés après la trêve du 8 avril semblent stagner.
Les « lignes rouges » de la Maison Blanche
La position américaine se durcit sur plusieurs points. Des sources à Washington avaient évoqué en fin de semaine un possible cadre d'accord prévoyant une extension de 60 jours du cessez-le-feu, mais une réunion de deux heures tenue vendredi à la Maison Blanche n'a donné lieu à aucune annonce concrète. Sur son réseau Truth Social, le président Donald Trump a posé ses conditions avec vigueur : « L’Iran doit accepter qu’ils n’auront jamais d’arme nucléaire. Le détroit d’Ormuz doit être ouvert immédiatement ». Il a également exigé, en lettres capitales, que le stock d'uranium hautement enrichi de l'Iran soit « DETRUIT ». Un responsable de la Maison Blanche a réitéré que « l’Iran ne peut pas avoir d’arme nucléaire » et qu'un accord de paix ne sera possible que si les « lignes rouges sont satisfaites ».
Le refus de Téhéran sur le nucléaire
En réaction, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a démenti toute discussion à ce stade sur la question nucléaire. Il a défendu « la situation spéciale » du détroit d’Ormuz, rappelant qu'il se situe dans les eaux territoriales de l’Iran et d’Oman. Baghaï a confirmé que les échanges se poursuivaient mais qu'« aucun accord final n’a encore été conclu », selon ses termes. Le fossé reste donc profond entre les deux capitales.
Le dossier épineux du détroit d’Ormuz
La question du détroit d’Ormuz, voie maritime stratégique par laquelle transite une part significative du pétrole mondial, constitue l'un des principaux points de blocage. Les renseignements américains estiment qu'une douzaine de mines y ont été déposées, compliquant toute tentative de déminage. Un ancien plongeur démineur de la Marine nationale française a expliqué que « tant qu’il n’y aura pas une situation de paix, le déminage ne pourra pas démarrer sereinement ». Le trafic maritime s'est accéléré ces derniers jours, mais la télévision d'État iranienne a prévenu que cela « ne signifie pas un retour à la situation d’avant-guerre », l'accès restant interdit aux navires des pays considérés comme « hostiles ».
Un conflit aux lourdes conséquences économiques
La guerre, déclenchée le 28 février par une offensive israélo-américaine contre l'Iran, a fait des milliers de morts et ébranle l'économie mondiale en faisant grimper les prix du pétrole. Téhéran réclame la fin des combats sur tous les fronts, en particulier au Liban, tandis que Washington conditionne tout cessez-le-feu durable à la destruction du programme nucléaire iranien et à la libre circulation dans le détroit d'Ormuz. Le spectre d'une reprise des hostilités, agité par Pete Hegseth, pèse désormais sur des négociations déjà fragiles.