Pour la première fois en près de vingt ans, un chef d’État libanais franchit les portes de la Maison-Blanche. Joseph Aoun s’entretient ce mardi avec Donald Trump dans un contexte où l’administration américaine cherche à transformer la trêve entre Israël et le Hezbollah en un accord de paix durable. Le président libanais arrive à Washington avec un dossier qu’il juge déterminant : un plan de désarmement détaillé du Hezbollah, assorti d’un calendrier d’exécution.

Un plan de désarmement présenté comme une pièce maîtresse Avant son départ de Beyrouth, Joseph Aoun affirmait que « le Liban avait de nouveau l’oreille de Washington ». Il ne se présente pas les mains vides : son équipe a élaboré un document précisant les étapes et les échéances pour le désarmement de la formation armée chiite, conformément aux accords de cessez-le-feu conclus en 2024 et à l’accord tripartite négocié ces dernières semaines entre Beyrouth, Tel-Aviv et Washington. Ce plan est présenté comme une condition clé pour obtenir le retrait des forces israéliennes du sud du territoire libanais.

Pression israélienne et mise en garde américaine Le chef de l’État libanais entend demander à Donald Trump d’exercer des pressions sur Israël afin que ses troupes quittent les positions qu’elles occupent encore dans le Sud-Liban. Joseph Aoun estime qu’un désarmement ne peut avancer tant que Tsahal n’a pas évacué la zone et cessé ses opérations militaires. « La présidence libanaise cherche, depuis le lancement des négociations directes avec Israël sous l’égide des États-Unis, à démontrer que la voie diplomatique est bien plus efficace et bien moins coûteuse », relève Adam Chamseddine, conseiller politique principal auprès de l’Alternative Policy Institute (Badil).

Cependant, des sources proches du dossier indiquent que Washington attend surtout de Beyrouth qu’il « ouvre grand les oreilles, comprenne la vision américaine et s’inscrive dans son projet régional ». Les discussions devraient donc comporter des mises en garde de l’administration Trump sur la nécessité de garantir la sécurité d’Israël et de ne pas laisser de vide sécuritaire au Sud-Liban.

Rencontre préalable avec Marco Rubio Dimanche, Joseph Aoun a déjà rencontré le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, à Washington. Ce dernier a félicité le Liban pour sa « démarche vers la paix ». Les deux hommes ont également évoqué l’accord-cadre élaboré le 26 juin dernier, destiné à mettre fin à l’état de guerre entre les deux pays. Un porte-parole du département d’État a précisé que cette discussion s’inscrivait dans la continuité des efforts américains pour consolider la trêve.

Reconstruction et soutien financier au menu Au-delà des questions sécuritaires, la rencontre abordera la reconstruction du Liban, durement touché par les récents conflits et par la crise économique. Joseph Aoun espère obtenir des garanties de soutien financier américain, conditionné toutefois à des réformes structurelles et à l’application des engagements pris. Selon des analystes, le succès de la visite dépendra de la capacité du président libanais à convaincre Donald Trump de faire pression sur Israël pour la mise en œuvre des zones pilotes convenues dans l’accord du 26 juin. « L’échec sur ce point risquerait d’alimenter les critiques déjà existantes, qui dépassent le cadre de l’opposition du Hezbollah et incluent d’autres acteurs politiques », souligne Adam Chamseddine.

Cette visite intervient à un moment charnière où les États-Unis tentent de stabiliser le Proche-Orient après les secousses des années précédentes. Joseph Aoun joue une partie diplomatique cruciale : convaincre Washington que la voie diplomatique est la seule à même de garantir la souveraineté libanaise tout en désarmant la milice chiite, sans provoquer de nouvelles flambées de violence.