L’entreprise californienne Waymo, propriété d’Alphabet, a franchi une nouvelle étape dans sa conquête du marché européen. Selon des documents officiels consultés au registre du commerce, une société nommée Waymo France a été immatriculée le 29 juin à Paris, avec un capital social de 100 000 euros entièrement libéré en numéraire par la maison mère. L’adresse de domiciliation, située au 95 rue La Boétie dans le huitième arrondissement, correspond à un centre d’affaires partagé par plusieurs centaines d’entreprises, parmi lesquelles figure également OpenAI.
Un objet social centré sur le transport autonome à la demande
Les statuts de Waymo France, déposés auprès de l’Institut national de la propriété industrielle (INPI), précisent que la société a pour objet « de fournir des services de transport à la demande à l’aide de véhicules autonomes et fournir des services destinés à l’offre commerciale de ces services par des tiers ». Cette formulation laisse entrevoir un double rôle : exploitation directe de services de mobilité sans conducteur d’une part, et prestations techniques ou logistiques pour d’autres opérateurs souhaitant proposer ce type d’offre d’autre part.
La direction de la nouvelle entité est confiée à deux cadres américains de Waymo : Steven Hahn, directeur et avocat général adjoint, et Kelly Francis, responsable du contrôle financier. La société est domiciliée dans un espace de coworking parisien.
Une offensive coordonnée en Europe continentale
Cette implantation en France fait suite à une initiative similaire en Allemagne. Selon des informations révélées par la presse allemande, Waymo a immatriculé une filiale à Munich le 15 juin. Plusieurs offres d’emploi publiées par la filiale allemande de Transdev, partenaire historique de Waymo pour l’exploitation de flottes aux États-Unis, ainsi que par une agence de recrutement, laissent penser que des postes de conducteurs de sécurité sont recherchés pour d’éventuels tests en conditions réelles.
Parallèlement, Waymo prévoit de lancer un service commercial de taxis autonomes à Londres d’ici la fin de l’année. Il s’agirait du premier déploiement de la société en dehors des États-Unis. Des Jaguar I-Pace équipés du système de conduite autonome de Waymo circulent déjà dans la capitale britannique dans le cadre de phases de test.
Un contexte réglementaire encore contraignant en France
La création d’une filiale en France ne signifie pas pour autant que des robotaxis circuleront à court terme dans les rues de Paris. Le cadre législatif français concernant la circulation de véhicules entièrement autonomes sans opérateur à bord demeure strict et en cours d’évolution. Des expérimentations de navettes autonomes ont eu lieu, mais aucun service commercial de taxi sans conducteur n’a encore été autorisé à grande échelle. Les autorités françaises travaillent sur un cadre pour la mobilité autonome, mais les discussions sont toujours en cours.
L’arrivée de Waymo pourrait toutefois accélérer les réflexions. La filiale d’Alphabet dispose d’une avance certaine sur ses concurrents aux États-Unis, où elle opère déjà des services commerciaux dans plusieurs villes comme Phoenix, San Francisco et Los Angeles. L’extension en Europe représente un test grandeur nature de sa capacité à s’adapter à des environnements urbains denses, à une signalisation différente et à des réglementations nationales variées.
Waymo face à une concurrence européenne émergente
Sur le Vieux Continent, d’autres acteurs tentent également de se positionner. L’allemand Mobileye, le britannique Oxa ou encore le français Navya (aujourd’hui Fusion Académie) travaillent sur des solutions de conduite autonome, mais aucun n’a encore déployé de service de taxi sans conducteur à grande échelle. Le chinois Baidu, avec sa division Apollo, explore aussi le marché européen. Waymo bénéficie d’une expérience accumulée depuis plus de quinze ans et d’un soutien financier conséquent de la part d’Alphabet.
Prochaines étapes possibles
Si la logistique et la réglementation le permettent, Waymo pourrait dans un premier temps déployer des véhicules avec conducteur de sécurité à bord, avant de passer à une phase entièrement autonome, comme l’entreprise l’a fait aux États-Unis. La présence de Transdev, partenaire déjà actif en Allemagne, pourrait faciliter l’organisation des flottes et la maintenance. La question des assurances, de la responsabilité en cas d’accident et de l’acceptation par le public reste entière.
L’année 2026 pourrait marquer un tournant pour la mobilité autonome en Europe, avec les premiers pas de Waymo hors d’Amérique du Nord.