Wim Wenders a profité de la remise du Prix d'honneur pour l'ensemble de sa carrière, le 31 mai à Berlin, pour lancer un débat public sur la modification a posteriori des films. Le réalisateur répondait ainsi à une requête que Nastassja Kinski formule depuis plusieurs années : supprimer une séquence de « Falsche Bewegung » (« The Wrong Move »), daté de 1975, dans laquelle elle apparaît dénudée à l'âge de 13 ans.

Une scène controversée de l’adolescence

Dans ce court passage, la jeune comédienne est allongée sur un lit, vêtue seulement d’un slip. Son partenaire de jeu, Rüdiger Vogler — alors âgé de plus de 30 ans —, la rejoint en sous-vêtements, s’allonge sur elle, la gifle puis lui caresse le visage. « Bien que je ne sache pas grand-chose à 13 ans, je pouvais déjà dire que ce n’était pas correct », a confié Nastassja Kinski au quotidien « Süddeutsche Zeitung ».

La position du cinéaste

Wim Wenders, qui a ensuite dirigé Kinski dans « Paris, Texas » (1984) et « Si loin, si proche ! » (1993), avait déjà réagi publiquement en 2024. Il avait alors déclaré comprendre « ses perceptions et sentiments actuels » et affirmé qu’il ne tournerait plus cette scène de la même manière aujourd’hui. Lors de son discours de réception, le 31 mai, il a répété ce constat tout en l’élargissant : « Je ne peux pas en vouloir au jeune homme de 29 ans que j’étais alors, il y a 50 ans, qui a réalisé un film de son temps, qui voulait en quelque sorte capturer l’esprit de l’époque. »

Conscient que cette séquence « cause de la peine à une actrice que j’ai profondément admirée et que j’admire toujours », Wenders a néanmoins exprimé des réticences à retoucher l’œuvre a posteriori. Il a estimé que la question était morale et qu’il ne souhaitait pas la trancher seul. Il a donc invité l’Académie du film allemand à ouvrir une discussion sur ce dilemme, en espérant que les jeunes cinéastes y contribuent. Interrogée, l’institution n’a pas encore formulé de position officielle.

Le précédent Spielberg

Le réalisateur a illustré son propos par un exemple célèbre : Steven Spielberg a regretté avoir modifié « E.T. l’extra-terrestre » pour sa ressortie du 20e anniversaire, remplaçant les armes des agents fédéraux par des talkies-walkies. « Ce fut une erreur, je n’aurais jamais dû faire ça », avait reconnu Spielberg en 2023. « “E.T.” est un produit de son époque. Aucun film ne devrait être révisé en fonction des lentilles que nous portons aujourd’hui, volontairement ou par contrainte. » Pour Wenders, modifier des films achevés crée des précédents délicats pour les archives, les restaurations et l’histoire culturelle.

Des précédents dans l’industrie

Plusieurs œuvres ont déjà été remontées après leur sortie, que ce soit pour des raisons commerciales, pour s’adapter à certains marchés, ou par la volonté de leur auteur. Disney a également révisé certains classiques comme « Aladdin » (1992) ou « Lilo et Stitch » (2002). Ces pratiques posent la question de l’intégrité de l’œuvre face à l’évolution des normes sociales. Wenders, tout en reconnaissant la légitimité de la demande de Kinski, a placé le débat sur le terrain de la responsabilité collective et de la préservation du patrimoine cinématographique.