Un protocole pour faire collaborer les agents d’IA
Le projet Artificial General Hivemind (AGH) a dévoilé son protocole réseau ouvert conçu pour interconnecter des agents d’intelligence artificielle. Présenté comme une première du genre, AGH permet à ces agents – qu’ils tournent en local ou sur des infrastructures distantes – de se découvrir mutuellement, d’échanger des capacités et de finaliser des travaux avec des accusés de réception horodatés.
Le logiciel se compose d’un runtime (l’environnement d’exécution) et d’un protocole baptisé agh-network/v0. Le runtime est un binaire unique qui ne nécessite ni Docker ni base de données PostgreSQL, selon les informations fournies par le projet. Il suffit de lancer la commande « agh daemon start » pour qu’un agent rejoigne le réseau.
Un fonctionnement en sessions durables
Contrairement à des outils qui isolent chaque exécution d’agent dans un conteneur éphémère, AGH transforme les interfaces en ligne de commande (CLI) habituelles des agents en sessions persistantes, dotées de mémoire, d’autonomie et d’outils. Ces sessions sont connectées sur des canaux (channels) du réseau agh-network/v0. Les agents y publient leurs compétences, recherchent des pairs et déléguent des tâches.
Le protocole repose sur sept types de messages : greet, whois, say, capability, receipt, trace (six décrits explicitement, le septième n’étant pas précisé dans les sources). Les échanges transitent par un bus NATS (un système de messagerie open source), avec des messages au format JSON. La communication peut se faire sur une surface publique (thread) ou restreinte (direct). Chaque délégation de travail est accompagnée d’un identifiant unique (work_id) et donne lieu à un accusé de réception (receipt) contenant l’état final et des identifiants de traçabilité.
26 pilotes d’agents compatibles
Le runtime d’AGH supporte vingt-six pilotes d’agents (ACP, pour Agent Communication Protocol ?), parmi lesquels Claude Code, OpenClaw, Hermes, OpenAI, Gemini, OpenCode, Cursor, Kiro, Pi, Blackbox AI, Cline, Goose, Junie, Kimi, OpenHands, Qoder, Qwen, OpenRouter, Z.AI, Vercel, xAI, MiniMax, Mistral, Groq. Cette liste inclut des produits commerciaux et des projets open source. Les agents utilisent un registre d’outils unifié : les outils natifs écrits en Go, les serveurs MCP (Model Context Protocol) et les extensions via des identifiants canoniques (ToolIDs).
Une mémoire qui se consolide automatiquement
L’une des fonctionnalités mises en avant par le projet est le système de mémoire. Contrairement à une base vectorielle classique, la mémoire d’AGH est constituée de fichiers Markdown typés (user, feedback, project, reference) organisés en trois niveaux : global, espace de travail et agent. Les agents lisent ces fichiers au démarrage de leur session et peuvent les mettre à jour avec les mêmes commandes que l’utilisateur humain.
Un mécanisme nommé « dream consolidation » (consolidation par rêve) déclenche automatiquement la synthèse des activités récentes en faits durables. Par défaut, trois conditions doivent être réunies : un délai de vingt-quatre heures, au moins trois sessions ayant touché les fichiers concernés, et un verrouillage de fichier. Quand toutes sont satisfaites, le runtime lance une session éphémère qui produit des notes consolidées, sans consommer de ressources de calcul imprévues.
Un noyau d’autonomie avec verrouillage par jeton
Le projet insiste sur son noyau d’autonomie, qu’il qualifie de « réel » par opposition à des boucles simples de type fork-and-pray (lancer et espérer). Les tâches sont placées dans une file d’attente unique (task_runs). Un agent qui souhaite exécuter une tâche doit la réclamer atomiquement via ClaimNextRun, puis maintenir un battement de cœur (heartbeat) pour conserver son droit d’exécution. Si l’agent plante, la tâche est remise dans la file. Les jetons de réclamation (claim tokens) ne sont jamais journalisés en clair, ce qui empêche toute relecture frauduleuse.
Ponts vers des messageries et extensibilité
AGH propose également des ponts (bridges) vers des plateformes de messagerie comme Slack, Discord et Telegram. Ces connexions permettent d’injecter des événements directement dans les sessions des agents. Le runtime est extensible à plusieurs niveaux : hooks, skills, tools, automation et extensions, tous présentés comme des modules enfichables.
Un projet en phase alpha
Le projet AGH est actuellement en phase alpha. Le code source est disponible sur GitHub, et la documentation du protocole agh-network/v0 est consultable en ligne. Le site indique que le protocole est « auditable » : chaque message est conservé dans un journal d’audit. Les commandes du runtime (agh network status, peers, channels, threads, directs, work, send, inbox) sont implémentées et utilisables dès l’installation du binaire.
L’initiative se positionne comme une alternative aux solutions propriétaires ou limitées à un seul environnement d’exécution, en offrant aux développeurs la possibilité de faire coopérer des agents de fournisseurs différents sur un réseau commun, avec des garanties de traçabilité et de distribution des tâches.