Le tribunal judiciaire de Paris a examiné le 26 mai le cas d'un animateur périscolaire de 36 ans, David G., accusé d'agressions sexuelles sur neuf enfants de l'école maternelle Alphonse Baudin, dans le XIe arrondissement. Les faits se seraient déroulés entre la rentrée 2024 et avril 2025, date à laquelle l'homme a été suspendu par la ville de Paris après un signalement.
Le parquet a requis une peine de trois ans de prison, dont un an ferme aménageable sous bracelet électronique, avec exécution provisoire. Pour le ministère public, les agressions sexuelles sont établies à l'encontre de trois des neuf enfants, tandis que les charges n'ont pas été retenues pour les six autres. Les familles de quatre des victimes présumées avaient directement cité le prévenu en justice, en complément des poursuites engagées par le parquet pour cinq mineurs.
Une audience sous haute tension
Ce procès, habituellement discret lorsqu'il concerne des violences sexuelles sur mineurs, a attiré une foule inhabituelle : dizaines de journalistes, parties civiles et membres du public ont rempli la salle d'audience, obligeant la juridiction à ouvrir une salle de retransmission en urgence. L'affluence reflète l'ampleur du scandale qui secoue le périscolaire parisien depuis plusieurs mois, avec une cascade de signalements émanant de parents d'élèves.
Le prévenu nie toute intention sexuelle
Interrogé durant une heure trente, David G. a fermement démenti tout geste à caractère sexuel. "Faut être psychopathe pour faire ça", a-t-il déclaré, se disant "pas du tout concerné" par les accusations. Il n'a concédé que des "maladresses" dues, selon lui, à un "manque de formation", comme le fait de porter des enfants dans ses bras ou sur ses genoux, ou d'utiliser des surnoms affectueux tels que "mon amoureuse", "ma chérie", ou "mon bébé".
"Quand je travaillais dans cette école, c'est vrai que je ne me suis pas du tout douté que des fois des gestes mal placés pouvaient du coup exercer certaines idées d'attouchements", a-t-il expliqué à la barre, ajoutant qu'il s'était ensuite repris en pensant qu'il n'aurait "pas dû laisser des enfants sur (ses) genoux, ça peut laisser penser à des faits sexuels".
Des témoignages d'enfants de 3 à 5 ans au cœur du dossier
L'accusation repose principalement sur les récits concordants des enfants, âgés de 3 à 5 ans au moment des faits. Aucun adulte n'a été témoin direct des gestes incriminés, et il n'existe pas d'éléments matériels catégoriques. Une fillette a notamment raconté que "David" lui touchait les fesses avec une cuillère dans la bibliothèque de l'école. Le prévenu a qualifié ce récit d'"extrêmement grave", estimant que "faire ce genre de jeux c'est vraiment de la pédophilie", avant de s'en distancier.
Les parents témoignent des changements de comportement
Plusieurs mères sont venues à la barre décrire les transformations de leurs enfants après leur entrée à l'école. L'une d'elles a raconté que son fils de trois ans, un mois après la rentrée de 2024, manifestait une angoisse extrême à l'idée d'aller au goûter. "On avait un enfant qui disait 'est-ce que je vais au goûter ?'. C'était la première question de la journée. Et si c'était oui, c'était une heure de hurlements, on devait presque le tirer de force", a-t-elle témoigné, tandis que le père de l'enfant pleurait dans l'assemblée.
Les positions des avocats
Pour les avocats des parties civiles, Mes Rebecca Royer et Hannah Kopp, les paroles des enfants sont crédibles et précises. "Un enfant de maternelle n'invente pas une scène d'abus sexuels. Un enfant peut se tromper sur des détails, jamais sur la nature des faits", a plaidé Me Royer.
La défense, assurée par Me François Epoma, a évoqué une "faillite de l'Éducation nationale", regrettant que le prévenu n'ait pas reçu "les outils pour qu'il travaille correctement" auprès des enfants. Le parquet a requis la condamnation en soulignant que "des délits sexuels à l'encontre d'une victime mineure, c'est la destruction du rapport de confiance".
Délibéré le 7 juillet
Le tribunal a mis la décision en délibéré au 7 juillet. Ce procès intervient dans un contexte élargi : depuis le début de l'année 2026, des dizaines de signalements pour violences sexuelles dans le périscolaire parisien ont été recensés, alimentant une mobilisation croissante des parents et un débat national sur la protection de l'enfance en milieu scolaire.