La politique de baisse des impôts de production, pilier de la stratégie économique d'Emmanuel Macron, montre des signes d'essoufflement. Selon des statistiques publiées par Bercy, ces impôts – qui frappent les entreprises indépendamment de leur rentabilité – ont représenté 96 milliards d'euros en 2024. Rapportés à la valeur ajoutée des entreprises françaises, ils s'établissent à 4,4 %, contre 5,5 % en 2019.
Un mouvement enrayé
Si la baisse est significative sur la période 2019-2024, l'évolution sur un an est en revanche quasi nulle. Ce constat illustre le ralentissement de la réduction de la fiscalité de production. Le principal moteur de cette diminution – la suppression progressive de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) – a été en grande partie neutralisé par la progression des impôts fonciers. Ces derniers, assis sur l'emprise foncière des sociétés, ont mécaniquement augmenté sous l'effet des revalorisations cadastrales et des décisions locales.
Compensation partielle
Les données de Bercy montrent ainsi que la baisse de la CVAE a été presque intégralement compensée par la hausse des impôts fonciers. Ce phénomène explique pourquoi le montant global des impôts de production stagne malgré les mesures de réduction engagées depuis 2020. Les entreprises industrielles, en particulier les plus grosses, avaient été les grandes gagnantes des premières étapes de la réforme. Mais l'essoufflement actuel réduit l'impact attendu sur leur compétitivité.
Un pilier en suspens
Depuis ces derniers mois, la baisse des impôts de production a été mise en pause. Le gouvernement n'a pas annoncé de nouvelles étapes de réduction, alors que le contexte budgétaire se tend. Le déficit public, qui atteignait 5,1 % du PIB en 2025, complique toute nouvelle mesure de baisse d'impôts. La question de la poursuite de cette politique de l'offre reste ouverte, d'autant que les marges de manœuvre financières sont limitées.
Un enjeu politique
Ce sujet reste politiquement chargé. La baisse des impôts de production a été défendue comme un outil pour renforcer l'attractivité et la compétitivité de la France. Mais son efficacité est régulièrement débattue, certains économistes pointant son coût budgétaire élevé pour un effet limité sur l'emploi ou l'investissement. Les nouvelles données de Bercy alimenteront ce débat, alors que le prochain budget devra arbitrer entre réduction des déficits et soutien aux entreprises.