Le gouvernement brésilien vient de franchir une étape décisive dans la relance de l'exploration pétrolière en Amazonie. L'Institut brésilien de l'environnement et des ressources naturelles renouvelables (Ibama) a accordé une licence environnementale autorisant le forage exploratoire dans le bassin sédimentaire de la Foz do Amazonas (embouchure de l'Amazone), une zone maritime située au large de la côte nord du pays. Cette décision, annoncée dans les derniers jours, marque un tournant après des années de blocage administratif et juridique.
Une autorisation longtemps attendue par l'industrie
Le projet, porté par le groupe pétrolier Petrobras, vise à évaluer le potentiel en hydrocarbures d'une région considérée comme l'une des dernières frontières de l'exploration pétrolière mondiale. Le bassin de la Foz do Amazonas est réputé pour ses structures géologiques prometteuses, mais aussi pour sa proximité avec des écosystèmes marins et côtiers d'une richesse exceptionnelle, notamment la barrière de corail de l'Amazone et une vaste zone de mangroves. Les défenseurs de l'environnement alertent depuis des années sur les risques de marée noire et de perturbation des habitats de nombreuses espèces, dont des mammifères marins, des tortues et des poissons.
L'autorisation de l'Ibama n'est pas définitive : elle est assortie de conditions strictes. L'agence environnementale a exigé la mise en place de plans de contingence renforcés, des études complémentaires sur les impacts cumulatifs et la réalisation de tests de sécurité avant tout début de forage. Petrobras devra également démontrer sa capacité à intervenir en cas d'accident dans des conditions météorologiques et océanographiques particulièrement difficiles, où les vagues et les courants puissants compliquent les opérations de secours.
Un revirement politique sous tensions
Cette décision représente un changement de cap significatif pour le gouvernement de Luiz Inácio Lula da Silva. Lors de sa campagne électorale, le président avait promis de faire du Brésil un leader mondial de la transition énergétique et de protéger l'Amazonie. Son retour au pouvoir, en janvier 2023, avait suscité l'espoir des écologistes, après le mandat de Jair Bolsonaro marqué par un affaiblissement des politiques de protection de l'environnement et une augmentation de la déforestation.
Cependant, Lula est confronté à des pressions économiques et politiques considérables. Le Brésil dispose d'importantes réserves de pétrole offshore, et l'exploitation du bassin de la Foz do Amazonas pourrait rapporter des milliards de dollars de recettes, cruciales pour financer les programmes sociaux et les investissements dans les énergies propres. Le gouvernement justifie la reprise des forages par la nécessité de garantir la souveraineté énergétique nationale et de réduire la dépendance aux importations de carburants. Petrobras, dont l'État est actionnaire majoritaire, défend le projet en affirmant qu'il peut être mené « de manière responsable et sécurisée », avec les meilleures technologies disponibles.
Les réactions des militants écologistes
La réaction des organisations de défense de l'environnement ne s'est pas fait attendre. Plusieurs ONG brésiliennes et internationales ont immédiatement condamné la décision. Elles dénoncent une « trahison des engagements climatiques » du Brésil, signataire de l'accord de Paris, et craignent que l'exploration ne soit le prélude à une exploitation à grande échelle, aux conséquences irréversibles. Greenpeace Brésil a qualifié la décision de « sale jour pour la planète », estimant que le gouvernement cède aux intérêts des industries fossiles au détriment de l'urgence climatique.
Les militant écologistes pointent du doigt le paradoxe : alors que la forêt amazonienne joue un rôle vital dans la régulation du climat mondial, le Brésil autorise de nouvelles prospections pétrolières qui contribueront à l'émission de gaz à effet de serre. Certaines organisations ont déjà annoncé leur intention de contester la licence en justice, invoquant des vices de procédure et une évaluation insuffisante des risques environnementaux.
Des conséquences pour la politique climatique mondiale
Cette autorisation place le Brésil sous le feu des projecteurs de la communauté internationale, à quelques mois de la prochaine conférence sur le climat (COP). Le pays, qui doit accueillir la COP30 en 2025 à Belém, ville située au cœur de l'Amazonie, se trouve dans une position délicate : d'un côté, il prône une ambition climatique renforcée ; de l'autre, il relance l'exploration d'hydrocarbures sur son territoire.
Les experts estiment que cette décision pourrait affaiblir la crédibilité du Brésil en tant que champion de l'environnement et compliquer les négociations internationales sur le climat. Les États-Unis et l'Union européenne, qui sont des partenaires commerciaux majeurs du Brésil, ont déjà exprimé leur inquiétude quant à l'impact potentiel de ces forages sur les engagements climatiques brésiliens.
Quelle suite pour le projet ?
L'obtention de la licence n'est que la première étape d'un long processus. Petrobras devra maintenant procéder aux travaux préparatoires, puis effectuer des forages d'essai pour confirmer la présence et la quantité de pétrole. Si ces tests s'avèrent concluants, l'entreprise devra obtenir une nouvelle autorisation pour l'exploitation commerciale. Ce processus pourrait prendre plusieurs années, et la bataille juridique et politique est loin d'être terminée.
En attendant, le gouvernement Lula tente de concilier des objectifs contradictoires : relancer l'économie et l'emploi, financer la transition énergétique, tout en respectant ses engagements climatiques et en apaisant les critiques des défenseurs de l'environnement. L'équation s'annonce complexe et les prochains mois seront décisifs pour l'avenir du projet, mais aussi pour la crédibilité environnementale du Brésil.