Un film de 95 minutes créé sans aucun décor ni acteur réel

Pour la première fois, un long-métrage de fiction entièrement généré par intelligence artificielle a été projeté cette semaine sur la Croisette. Présenté au Marché du Film, la partie professionnelle du Festival de Cannes, « Hell Grind » raconte les aventures de quatre voleurs des rues qui se rendent littéralement en enfer. Le protagoniste, Roco, parcourt les enfers pour sauver sa complice et amante Lulu.

Mais ce qui retient l'attention des professionnels du secteur n'est pas tant le scénario – qualifié de « campy » par les observateurs – que les conditions de production du film. Chaque personnage, chaque décor et chaque accessoire des 95 minutes du métrage a été généré par des algorithmes d'intelligence artificielle. Aucun plateau de tournage, aucun comédien ni aucun décor physique n'a été utilisé.

Un budget dominé par la puissance de calcul

Le budget total de « Hell Grind » s'élève à 500 000 dollars. Sur cette somme, 400 000 dollars – soit 80 % du total – ont été consacrés aux seuls coûts de calcul nécessaires au fonctionnement des modèles d'IA. La start-up Higgsfield AI, à l'origine du projet, affirme avoir réalisé le film en seulement deux semaines.

Cette répartition des coûts illustre un enjeu central pour la production cinématographique par intelligence artificielle : si les outils permettent de supprimer les dépenses liées aux équipes techniques, aux acteurs et aux décors, le recours massif à des serveurs de calcul reste extrêmement onéreux. Dans le cas de « Hell Grind », la facture de calcul représente quatre fois le montant alloué aux autres postes de production.

Un projet présenté dans un contexte de débat sur l'IA au cinéma

La projection de « Hell Grind » intervient alors que le festival de Cannes est le théâtre de discussions vives sur la place de l'intelligence artificielle dans l'industrie cinématographique. Le Marché du Film, qui accueille chaque année des milliers de professionnels, a fait de l'IA l'un de ses sujets centraux cette année.

Si les partisans de la technologie y voient un moyen de démocratiser la production de films à moindre coût – en éliminant les besoins en décors, costumes et équipes nombreuses –, les critiques pointent les risques pour l'emploi et la créativité humaine. Le cas de « Hell Grind » montre également que, pour l'instant, les économies réalisées sur les moyens traditionnels sont en partie absorbées par les dépenses de calcul, ce qui interroge la viabilité économique du modèle à grande échelle.

Higgsfield AI, entreprise spécialisée dans la génération de vidéos par intelligence artificielle, espère que ce projet servira de démonstration des capacités techniques de ses modèles. Le film pourrait ouvrir la voie à d'autres productions similaires, même si les coûts de calcul restent un obstacle à franchir avant une éventuelle industrialisation du procédé.