Le 23 mai 2021, un vol Ryanair reliant Athènes à Vilnius était contraint de se dérouter vers la capitale bélarusse, Minsk. Les contrôleurs aériens bélarusses avaient invoqué une menace à la bombe, mais la manœuvre visait en réalité à permettre l'arrestation de Raman Pratasevich, 26 ans à l'époque, ancien rédacteur en chef du média d'opposition Nexta. Sa compagne, Sofia Sapega, avait également été interpellée à sa descente d'avion.

Le contexte de l'arrestation

Pratasevich était l'une des figures clés de la couverture des manifestations antigouvernementales de l'été 2020, qui avaient éclaté après la réélection contestée d'Alexandre Loukachenko. Nexta, un média principalement diffusé via Telegram et basé en Pologne, avait joué un rôle central dans la coordination des manifestations, en partageant les lieux et horaires des rassemblements. Le régime bélarusse avait classé l'organisation comme « extrémiste ». Pratasevich avait travaillé chez Nexta jusqu'en septembre 2020, avant de s'installer à Vilnius avec Sapega.

Peu avant son arrestation, Pratasevich s'était rendu en Grèce pour participer au Forum économique de Delphes, où devait se trouver la cheffe de l'opposition exilée, Sviatlana Tsikhanouskaïa. Après l'événement, le couple était resté en vacances. Le jour du vol retour, Pratasevich avait remarqué qu'il était suivi à l'aéroport et avait pu prévenir ses collègues. Les autorités grecques ont par la suite confirmé que trois hommes munis de passeports russes étaient montés à bord du même vol.

La confession sous pression

Dès le lendemain de son arrestation, une vidéo publiée sur une chaîne Telegram pro-gouvernementale montrait Pratasevich en détention, déclarant qu'il coopérerait avec les enquêteurs et qu'il était prêt à faire des aveux. Des ecchymoses sombres étaient visibles sur son visage. Un porte-parole du gouvernement allemand avait qualifié ce traitement de « dégradant », estimant que le journaliste avait été soumis à des pressions psychologiques et peut-être physiques pour l'obliger à une confession « indigne et invraisemblable ».

Un mois plus tard, le ministère bélarusse des Affaires étrangères avait organisé une conférence de presse au cours de laquelle Pratasevich était apparu, semblant soutenir le régime. Les circonstances de cette apparition ont alimenté les soupçons de manipulation.

Réactions internationales

L'incident du vol Ryanair a suscité l'indignation mondiale. L'Agence européenne de sécurité aérienne a interdit aux compagnies européennes de survoler le Bélarus. L'Administration fédérale américaine de l'aviation a imposé une restriction similaire pour les compagnies américaines. Depuis juin 2021, les transporteurs bélarusses, dont la compagnie publique Belavia, sont interdits d'atterrissage et de décollage dans les aéroports de l'Union européenne.

Un an après l'arrestation de Pratasevich, l'Organisation de l'aviation civile internationale a conclu dans un rapport que la menace à la bombe invoquée par le Bélarus était délibérément fausse.

Un revirement apparent

La question centrale qui demeure est celle de l'évolution de l'attitude de Pratasevich. Après sa détention, il a été présenté à plusieurs reprises dans des médias d'État comme un repentant, tenant un discours aligné sur la propagande du régime. Les circonstances exactes de ces déclarations restent sujettes à caution, les observateurs évoquant des pressions et un isolement prolongé. Son cas est devenu un symbole des méthodes du régime de Loukachenko pour réduire au silence les voix critiques.