Le premier épisode de forte chaleur de l'année, survenu de manière exceptionnellement précoce, aura des conséquences importantes sur l'agriculture française, alertent des chercheurs de l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae).

Un phénomène inédit par sa précocité

« L'année dernière, on avait eu une première vague de chaleur à la fin du mois de juin. Cette année cela se produit un mois avant, avec des conséquences très différentes parce que les cultures ne se situent pas au même cycle », a expliqué Iñaki García de Cortázar-Atauri, directeur de l'unité Agroclim (Inrae PACA). Ce décalage perturbe le calendrier agricole : « Ce que l'on pourrait anticiper, c'est qu'il peut y avoir un impact sur les graines pour les cultures d'hiver, notamment le blé, l'orge ». Il ajoute : « On sait qu'on va avoir certainement des récoltes très précoces, une fois de plus », cette canicule se combinant avec des cycles accélérés depuis le début du printemps. « On est face à quelque chose d'inédit », résume-t-il.

Conséquences directes sur l'élevage

Pour les animaux d'élevage, la première vague de chaleur est « généralement la plus sévère », selon David Renaudeau, directeur de recherche à l'Inrae Bretagne-Normandie. Les effets sont immédiats : « une baisse du niveau de production de viande, lait, oeuf » qui peut se prolonger après l'épisode intense. Au-delà des quantités, la qualité des produits est également affectée. « D'après les retours terrain d'hier (mardi), on a des oeufs un peu plus petits, et plus fragiles parce que le métabolisme phosphocalcique a été perturbé par la chaleur », précise-t-il. Il ajoute : « on a des laits un peu moins riches en protéines ». Ces perturbations pourraient peser sur les revenus des éleveurs déjà confrontés à des conditions économiques difficiles.

Un contexte de sécheresse et de tensions sur l'eau

Cette canicule intervient dans un contexte de tensions récurrentes sur la ressource en eau. Le Parlement a récemment adopté un article facilitant le stockage de l'eau, provoquant des débats houleux à gauche. Ces infrastructures de stockage, comme les bassines ou retenues collinaires, sont au cœur des discussions sur l'adaptation de l'agriculture au changement climatique. Les chercheurs soulignent que la précocité de cet épisode de chaleur rend d'autant plus urgentes les réflexions sur les pratiques agricoles et la gestion de l'eau.

Des récoltes et un élevage sous pression

La combinaison de la chaleur précoce et des cycles déjà accélérés des cultures depuis le printemps laisse présager des rendements en baisse pour les céréales d'hiver. Les cultures de printemps et d'été, comme le maïs ou le tournesol, pourraient également souffrir si les températures restent élevées. Dans les exploitations d'élevage, la baisse de production laitière et la fragilité des œufs pourraient entraîner des difficultés d'approvisionnement pour les filières agroalimentaires. Les chercheurs de l'Inrae appellent à une vigilance accrue et à des mesures d'adaptation rapides pour limiter l'impact de ces épisodes de chaleur de plus en plus fréquents et précoces.