À l’approche des assemblées annuelles de juin, des groupes d’actionnaires multiplient les pressions pour que les géants technologiques adoptent des mesures plus strictes en matière d’intelligence artificielle (IA). Deux résolutions emblématiques ciblent Alphabet Inc., maison mère de Google, et Shopify Inc., le spécialiste du commerce en ligne, afin de prévenir les risques juridiques et éthiques liés aux systèmes d’IA générative.

Vancity Investment Management demande une évaluation indépendante chez Alphabet

Basé à Vancouver, Vancity Investment Management a déposé une proposition demandant au conseil d’administration d’Alphabet de faire appel à des évaluateurs indépendants. Ces experts auraient pour mission de recommander des mesures supplémentaires pour empêcher les applications d’IA – comme le chatbot Gemini et les « AI Overviews » (résumés générés par IA) – de diffuser des informations fausses ou trompeuses. Les AI Overviews touchent plus de 2,5 milliards d’utilisateurs chaque mois, tandis que Gemini en compte environ 900 millions, selon les chiffres de l’entreprise. Alphabet a annoncé ce mois-ci son intention d’intégrer encore davantage l’IA dans l’expérience de recherche en ligne.

L’inquiétude porte notamment sur les lacunes en matière de précision. Le dernier modèle Gemini 3, lancé à l’automne, a obtenu un score de 72,1 % sur un référentiel mesurant l’exactitude factuelle, soit un taux d’erreur de près de 28 %. Google a souligné que cette performance était la meilleure du marché, mais les actionnaires estiment que le recours aux résultats de recherche pour générer des réponses, comme le font les AI Overviews, n’offre pas une fiabilité suffisante. Une étude réalisée à l’automne par la start-up Oumi a montré que ces résumés étaient exacts dans environ 91 % des cas.

Edmond Ho, gestionnaire de portefeuille associé chez Vancity, explique : « Le grand public se contente des AI Overviews et les accepte comme la réponse correcte. » Il reconnaît qu’Alphabet a mis en place des directives et des contrôles internes adéquats pour le développement de l’IA, mais il regrette l’absence d’un regard extérieur. « Nous avons besoin d’une contribution externe pour renforcer la confiance », ajoute-t-il.

Le régime de pension de l’Église unie du Canada s’attaque à Shopify

De son côté, le régime de pension de l’Église unie du Canada a soumis une résolution demandant à Shopify d’adopter une politique formelle encadrant l’utilisation responsable de l’IA. Les actionnaires s’inquiètent des biais potentiels, des informations erronées et des actions imprévues que pourraient commettre des agents autonomes, comme la suppression de code informatique. Ni Alphabet ni Shopify n’ont souhaité commenter ces propositions, et les deux entreprises recommandent à leurs actionnaires de voter contre.

Un mouvement socialement responsable qui s’étend

Ces initiatives s’inscrivent dans une tendance plus large : l’IA devient un sujet central pour les investisseurs socialement responsables. Cinq des dix propositions soumises par les actionnaires d’Alphabet portent sur l’intelligence artificielle, incluant des demandes de divulgation des impacts climatiques et hydriques liés à la construction de centres de données. Meta Platforms Inc. est également confrontée à plusieurs résolutions sur l’IA. L’une d’elles réclame un audit pour évaluer les risques découlant des données utilisées pour entraîner les modèles, notamment les contenus protégés par le droit d’auteur.

L’organisation à but non lucratif Open Mic, qui accompagne les investisseurs pour faire évoluer les pratiques des entreprises technologiques, soutient plusieurs de ces démarches. Les actionnaires espèrent que les assemblées de juin permettront d’obtenir des engagements concrets sur la gouvernance de l’IA, alors que les régulateurs du monde entier peinent à suivre le rythme des innovations.