Sur YouTube et les réseaux sociaux, une nouvelle tendance émerge : des personnages générés par intelligence artificielle se présentent comme des « influenceurs historiques » et publient des vidéos dans lesquelles ils « voyagent » à différentes époques. La plus populaire de ces chaînes, Chloe VS History, cumule plus de 610 000 abonnés sur Instagram et 15 millions de vues sur YouTube.

Dans ses vidéos, Chloe, une jeune femme en doudoune verte, raconte son arrivée dans le Londres tudor de 1536, goûte une tarte à l’anguille sur un marché, explore les suites de première classe du Titanic ou se baigne dans des thermes romains antiques. D’autres chaînes ont adopté le même format, comme Janella Through Time ou Nova VS History.

Des créateurs humains derrière les avatars

Derrière ces avatars numériques se trouvent des créateurs de contenu bien réels. Rob, le créateur de Chloe VS History, explique que l’objectif est de « donner vie à l’histoire d’une manière vraiment viscérale ». Avec son équipe, il utilise une combinaison d’outils d’intelligence artificielle – modèles de langage, générateurs d’images et de vidéos – pour produire les scènes et les dialogues. « Nous pouvons recoudre notre passé », dit-il, décrivant la possibilité de « prendre un format déjà éprouvé et l’appliquer à l’histoire ».

Paddy, le créateur de Janella Through Time, précise que son personnage Janella « n’est pas une actrice, mais un personnage cohérent qui réagit aux situations historiques ». Il insiste sur la rigueur historique : « Nous faisons des recherches approfondies sur chaque époque, nous lisons des livres d’histoire, des articles universitaires. »

Un équilibre entre exactitude et narration

Les créateurs admettent néanmoins que l’exactitude historique n’est pas toujours parfaite. Rob reconnaît que « parfois, pour des raisons narratives, on prend des libertés », mais il assure que son équipe s’efforce de rester fidèle aux faits. Paddy ajoute que les commentaires des spectateurs, souvent très documentés, aident à corriger les erreurs. « Les gens sont très pointilleux sur l’histoire, et c’est une bonne chose », dit-il.

La question de l’éthique et de la transparence est également soulevée. Les créateurs affichent clairement que leurs personnages sont générés par IA, et ils ne cherchent pas à tromper le public. « Personne ne pense que Chloe est réelle », assure Rob. « C’est un outil pour raconter des histoires. »

Un public nombreux et engagé

Le succès de ces chaînes montre un appétit pour des formats immersifs et accessibles d’apprentissage de l’histoire. Les vidéos suscitent des discussions animées dans les commentaires, où les spectateurs débattent de la précision des détails et proposent des sujets pour de futures vidéos.

Certains historiens expriment des réserves, craignant que la frontière entre fiction et réalité ne s’estompe, surtout pour un jeune public. Mais les créateurs estiment que leur travail peut éveiller la curiosité et inciter les spectateurs à approfondir leurs connaissances par des sources traditionnelles.

Un phénomène en pleine expansion

Le phénomène ne se limite pas à l’histoire. D’autres chaînes explorent des événements scientifiques ou culturels avec la même technique. L’IA permet de « recoudre notre passé » d’une manière inédite, créant des expériences visuelles et narratives qui captivent des millions de personnes.

Rob conclut : « Nous ne remplaçons pas les livres d’histoire ni les documentaires. Nous proposons une porte d’entrée différente. » Une porte qui, pour l’instant, attire un public toujours plus nombreux.