Une communauté sous la menace
Dans le village de Khan al-Ahmar, en Cisjordanie occupée, l'atmosphère est pesante. Les quelque 180 habitants, pour la plupart des Bédouins palestiniens, vivent dans l'angoisse depuis que le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a annoncé un ordre d'évacuation. "Je m'attends à ce que les bulldozers arrivent d'un jour à l'autre", confie un résident cité par un reportage de terrain. Cette communauté, établie depuis des décennies dans la zone E1, à l'est de Jérusalem, craint une expulsion forcée qui détruirait leurs huttes en tôle et en toile.
Un précédent qui inquiète
Khan al-Ahmar n'en est pas à sa première alerte. En 2018, la Cour suprême israélienne avait déjà autorisé la démolition du village, mais la communauté avait obtenu un sursis international. Aujourd'hui, les habitants redoutent que la situation ne se répète dans un contexte politique israélien plus dur, marqué par la présence de ministres d'extrême droite comme Bezalel Smotrich. Ce dernier, également ministre des Finances, a récemment réaffirmé sa volonté de "régulariser" les constructions palestiniennes dans les zones sous contrôle israélien.
Des conditions de vie précaires
Les Bédouins de Khan al-Ahmar vivent sans accès à l'eau courante ni à l'électricité, dans des habitations de fortune. L'école du village, construite avec des dons internationaux, a déjà été menacée de démolition par le passé. Pour ces familles, dont beaucoup élèvent du bétail, l'expulsion signifierait la perte de leurs moyens de subsistance et de leur mode de vie traditionnel. "Où irons-nous ?" demande un père de famille, désemparé. Les autorités israéliennes n'ont pas précisé de lieu de relogement.
Le contexte politique et juridique
L'annonce de Smotrich s'inscrit dans une politique israélienne plus large de démolitions et d'expulsions en Cisjordanie occupée. Selon des données d'organisations humanitaires, des centaines de structures palestiniennes ont été détruites dans ce territoire depuis le début de l'année. Les Bédouins, souvent considérés comme des "personnes non enregistrées" dans les registres fonciers israéliens, sont particulièrement vulnérables. La communauté internationale, y compris les Nations unies, a régulièrement condamné ces pratiques comme contraires au droit international, mais sans effet concret sur le terrain.
Des voix s'élèvent
Des militants israéliens et palestiniens se sont rendus à Khan al-Ahmar pour manifester leur soutien. "Nous ne les laisserons pas détruire ce village", a déclaré un activiste israélien présent sur place. Cependant, les habitants restent sceptiques. "Les promesses, on en a entendu beaucoup. Mais les bulldozers, eux, sont réels", lâche un jeune homme du village. En attendant, la communauté tente de maintenir une vie normale, malgré l'incertitude.
Un avenir incertain
Alors que l'ordre d'évacuation pourrait être exécuté à tout moment, les Bédouins de Khan al-Ahmar continuent de vaquer à leurs occupations quotidiennes, entre espoir et résignation. "Nous sommes ici depuis des générations. C'est notre terre", affirme une femme âgée. Le sort de ce village est devenu un symbole de la lutte des Bédouins palestiniens en Cisjordanie, confrontés à des pressions croissantes sur leur habitat et leur mode de vie.