L'Iran a entamé mardi 26 mai un rétablissement partiel de l'accès à Internet après une coupure quasi totale de près de trois mois, imposée depuis le déclenchement de la guerre le 28 février. Selon l'ONG de surveillance de la cybersécurité NetBlocks, les données en temps réel montrent une reprise de la connectivité après 2 093 heures d'isolement des réseaux internationaux, un record à l'échelle d'un pays.

Le vice-président iranien Mohammad Reza Aref a salué sur le réseau X ce qu'il a qualifié de « première étape vers un accès libre et régulé au cyberespace », ajoutant que les demandes des Iraniens « seront satisfaites ». Des habitants de Téhéran ont indiqué pouvoir ouvrir des sites internet étrangers, mais la connexion mobile restait coupée et l'utilisation d'un réseau privé virtuel (VPN) était encore nécessaire pour accéder aux réseaux sociaux.

Un signal de détente contrarié par la justice

Ce geste d'apaisement avait été ordonné lundi par le président Massoud Pezeshkian, considéré comme un modéré, dans un contexte de négociations avec Washington pour mettre fin au conflit. Toutefois, l'annonce a été brouillée mardi par une décision de la justice iranienne, qui a suspendu l'organe créé par le président pour superviser cette mesure, le Quartier général spécial pour l'organisation et la gouvernance du cyberespace national, à la suite de dépôts de plaintes. Le parlementaire Yaghoub Rezazadeh a rappelé que le chef de l'État n'est pas compétent en la matière, la décision finale revenant au Conseil suprême de sécurité nationale, dirigé par une ligne dure.

Un long chemin vers la normalisation

Interrompu lors des grandes manifestations de début janvier, l'accès à l'internet international avait été partiellement rétabli puis de nouveau suspendu fin février. Depuis, la population ne disposait que de l'intranet local, limité aux sites nationaux, aux services bancaires et aux applications approuvées par l'État. La coupure a lourdement affecté les secteurs économiques dépendants d'Internet, notamment les hautes technologies et le commerce en ligne.

Doug Madory, responsable de la société américaine de surveillance des réseaux Kentik, a tempéré cette reprise en estimant que « l'Iran a encore un long chemin à parcourir pour retrouver les niveaux de trafic d'avant le 8 janvier ». La porte-parole du gouvernement, Fatemeh Mohajerani, avait indiqué mi-mai que la situation reviendrait à la normale « une fois que l'ombre de la guerre aura disparu », attribuant la responsabilité aux menaces des « ennemis » américains et israéliens.

Ces dernières semaines, Téhéran avait mis en place un système d'accès conditionnel baptisé « Pro Internet », offrant une connexion élargie à certains professionnels et entreprises moyennant des frais plus élevés. Le rétablissement en cours demeure partiel et incertain, alors que les discussions diplomatiques se poursuivent.