L'industrie porcine française est confrontée à un défi inattendu : la progression rapide des traitements contre l'obésité. Ce jeudi 28 mai, Sébastien Abis, directeur du Club Déméter et chercheur associé à l'IRIS, a analysé cette tendance dans l'émission « Le monde qui bouge - L'Interview », diffusée sur une chaîne d'information économique.
Un impact direct sur la consommation de viande
Selon Sébastien Abis, le remboursement des traitements anti-obésité par les systèmes de santé constitue un « véritable bouleversement » pour la filière porcine. Ces médicaments, qui favorisent une perte de poids significative, modifient les comportements alimentaires. « Les consommateurs sous traitement réduisent leur appétit et modifient leurs habitudes, ce qui se traduit par une moindre consommation de produits carnés, notamment de porc », a-t-il expliqué. La filière, déjà fragilisée par des enjeux structurels (coûts de production, normes environnementales, concurrence internationale), voit ainsi émerger une pression supplémentaire sur la demande.
Des défis structurels à relever d'ici 2035
Au-delà de l'effet des médicaments, le chercheur a dressé un panorama des défis que devra relever la filière porcine française à l'horizon 2035. « Il ne s'agit pas seulement de s'adapter à une baisse de la consommation, mais aussi de repenser le modèle de production », a-t-il souligné. Les enjeux incluent la transition vers des pratiques plus durables, la gestion des volumes d'exportation, et la nécessité de maintenir la souveraineté alimentaire française. L'essor des traitements anti-obésité, couplé aux tendances de fond comme la réduction de la consommation de viande dans les pays occidentaux, pousse la filière à accélérer sa transformation.
Un équilibre sanitaire et économique
L'expert a également mis en lumière le paradoxe de ces traitements : d'un côté, ils répondent à un enjeu majeur de santé publique (réduire l'obésité et ses comorbidités) ; de l'autre, ils fragilisent un secteur économique clé. « La filière porcine emploie des milliers de personnes et structure des territoires ruraux », a rappelé Sébastien Abis. « Il faudra trouver un équilibre entre les bénéfices sanitaires et la viabilité économique des élevages. »
Vers une nécessaire diversification
Face à cette situation, l'analyste a suggéré que la filière porcine pourrait être contrainte de diversifier ses débouchés, en misant par exemple sur la transformation ou l'exportation vers des marchés où la demande reste dynamique. Il a aussi insisté sur l'importance d'anticiper ces évolutions pour éviter des crises brutales. « L'horizon 2035 n'est pas si lointain. Il faut dès maintenant que les acteurs de la filière, les pouvoirs publics et les chercheurs travaillent ensemble sur des scénarios prospectifs », a-t-il conclu.
L'émission a été diffusée en direct le jeudi 28 mai et est disponible en podcast. Elle s'inscrit dans une série quotidienne consacrée aux mutations économiques et sociétales.