Alors que les frappes russes et ukrainiennes se sont intensifiées ces derniers jours, l'analyse de la situation par les experts met en lumière une contradiction au cœur du pouvoir russe. Dans son ouvrage « La guerre d'Europe a commencé », publié aux éditions Les Arènes, Céline Marangé, chercheuse à l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire, estime que « le régime russe est à la fois dans une impasse et une fuite en avant ». Cette double dynamique expliquerait la recrudescence des bombardements, dont un pilonnage particulièrement violent de Kiev le 24 mai dernier, avec 90 missiles et plus de 600 drones.
Selon la chercheuse, le conflit dépasse largement la seule question des territoires. Il s'inscrit dans un projet plus vaste de revanche de Vladimir Poutine après le démantèlement de l'URSS. L'ouvrage décrit une « guerre impériale » dont l'intention affichée est d'anéantir l'État ukrainien, mais qui constitue également une offensive contre les démocraties européennes et l'OTAN.
Une escalade des frappes révélatrice
Les événements récents confortent cette analyse. Les frappes massives contre la capitale ukrainienne le 24 mai 2026, décrites comme d'une intensité rare, illustrent la capacité de nuisance de Moscou. Ces bombardements interviennent dans un contexte où la Russie, tout en maintenant une pression militaire maximale, semble incapable de remporter une victoire décisive sur le terrain. Le choix d'une escalade de la violence, plutôt que d'une désescalade diplomatique, traduit une logique de « fuite en avant » où chaque nouvelle attaque vise à masquer l'absence de solution stratégique viable.
Pour Céline Marangé, cette situation comporte un risque majeur : plus le régime russe s'enferre dans cette contradiction, plus il devient imprévisible et enclin à des actions radicales. « La guerre d'Europe a commencé », titre de l'ouvrage, suggère que ce conflit n'est pas un incident régional mais une confrontation systémique qui redessine les équilibres de sécurité du continent.
Un conflit existentiel pour les deux camps
La chercheuse souligne que, pour Vladimir Poutine, la guerre en Ukraine est existentielle : elle doit lui permettre de restaurer la sphère d'influence perdue avec la chute de l'URSS. Cette vision impériale explique l'acharnement des opérations militaires, malgré des pertes humaines et matérielles considérables. Symétriquement, l'Ukraine combat pour sa survie en tant qu'État indépendant, et ses frappes de représailles en territoire russe, notamment par drones, montrent que la guerre s'étend au-delà des frontières ukrainiennes.
Les implications pour l'Europe et l'OTAN
L'analyse de Céline Marangé met en garde contre une lecture trop étroite du conflit. La guerre menée par la Russie n'est pas seulement une guerre contre l'Ukraine, mais aussi une guerre contre les démocraties européennes et l'OTAN. Les bombardements des infrastructures civiles et énergétiques ukrainiennes visent à briser la volonté de résistance du pays et à tester la cohésion des alliés occidentaux. La réponse européenne, entre aide militaire accrue et sanctions économiques, est donc au cœur de la dynamique décrite par la chercheuse.
En définitive, l'ouvrage de Céline Marangé offre une grille de lecture pour comprendre les ressorts profonds du conflit. La « guerre d'Europe » est en cours, et le comportement de la Russie, oscillant entre impasse stratégique et fuite en avant, laisse craindre de nouvelles escalades aussi meurtrières qu'imprévisibles.