Alors que le souvenir de la pandémie de Covid-19 reste vif, l’apparition d’un foyer de hantavirus à bord du navire de croisière MV Hondius a ravivé les craintes d’une propagation internationale. Le bateau, qui a fait escale au port de Granadilla, à Tenerife (Espagne), transportait 147 passagers et membres d’équipage, dont des ressortissants allemands, français et australiens. Après trois décès survenus entre avril et mai 2026, les autorités sanitaires ont mis en place des mesures de contrôle. Pourtant, les spécialistes insistent sur une différence fondamentale entre le hantavirus et le SARS-CoV-2 : le premier est bien connu et se transmet beaucoup plus difficilement.
Un virus identifié depuis plus de trente ans
« Les hantavirus – y compris le virus Andes – sont fondamentalement différents des coronavirus », a expliqué Roman Wölfel, chef de l’Institut de microbiologie de la Bundeswehr. « Ils peuvent se transmettre d’une personne à l’autre, mais beaucoup moins facilement et seulement par un contact très étroit. »
Contrairement au coronavirus apparu fin 2019, que ni les scientifiques ni les soignants n’avaient jamais rencontré, le hantavirus est connu depuis 1993. Il provoque une infection pulmonaire appelée syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH). Cette connaissance a permis, dès la confirmation en laboratoire des deux premiers décès à bord du MV Hondius, de mettre en place des mesures de distanciation adaptées.
L’exemple argentin de 2018-2019
Une étude publiée en 2020 dans le New England Journal of Medicine a analysé une épidémie de virus Andes survenue en Argentine de novembre 2018 à 2019. Lors de ce foyer, 18 personnes avaient été infectées lors d’un rassemblement de masse. Après l’application de mesures de contrôle – isolement des cas confirmés et auto-quarantaine des contacts potentiels – la vitesse de transmission a nettement ralenti.
Les chercheurs ont calculé que le nombre de reproduction médian (le nombre de cas secondaires générés par une personne infectée durant sa période contagieuse) était de 2,12 avant les mesures, et qu’il est tombé à 0,96 après leur mise en œuvre. « Ces mesures ont très probablement empêché une propagation plus large », concluaient-ils.
“Je sais que vous êtes inquiets”, a écrit Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dans une lettre adressée le 9 mai 2026 aux habitants de Tenerife. “Je sais que lorsque vous entendez le mot ‘épidémie’ et que vous voyez un navire naviguer vers vos côtes, des souvenirs que nous n’avons pas tous complètement dissipés refont surface.”
Une riposte plus rapide que pour le Covid-19
À bord du MV Hondius, la situation est différente de celle de l’Argentine, mais le virus reste le même – le virus Andes, également appelé hantavirus. Au 11 mai 2026, sept cas confirmés et deux cas suspects étaient recensés, contre 18 en Argentine. Toutefois, les mesures de contrôle ont été mises en place plus tardivement : après le premier décès le 11 avril, il a fallu attendre le 4 mai pour que la présence du hantavirus soit confirmée par la compagnie Oceanwide Expeditions, soit plus de trois semaines.
Malgré ce délai, les experts estiment que l’épidémie actuelle peut être maîtrisée. « Nous disposons de l’expérience des épidémies précédentes, et les protocoles de distanciation sont efficaces », a rappelé Roman Wölfel. À Tenerife, le débarquement des passagers et leur rapatriement vers leurs pays d’origine ont été organisés sous contrôle sanitaire.
Une maladie à ne pas confondre avec le Covid-19
Le hantavirus ne se propage pas par voie aérienne sur de longues distances comme le SARS-CoV-2. Sa transmission interhumaine nécessite un contact très proche et prolongé. Les réservoirs naturels sont principalement des rongeurs, et l’infection humaine survient souvent par inhalation d’excréments ou d’urines contaminés. La forme pulmonaire qu’il provoque est grave, mais le taux de transmission est bien plus faible que celui du Covid-19.
Pour l’instant, aucun cas de transmission secondaire n’a été signalé en dehors du navire. Les autorités sanitaires espagnoles et internationales suivent la situation de près, mais le risque d’une pandémie de hantavirus est jugé très faible par les virologues. Comme l’a souligné le directeur général de l’OMS, l’expérience du Covid-19 a renforcé les capacités de riposte, mais chaque agent pathogène a ses propres caractéristiques. Le hantavirus, lui, est un ennemi connu, que l’on sait neutraliser par des gestes barrières simples.