Un développeur du navigateur Dillo a mis en ligne un document de travail intitulé « Human Proof for FOSS Contributions » qui explore la possibilité d'attester de l'origine humaine d'une contribution à un projet open source. Cette proposition intervient alors que les outils d'IA générative, capables de produire du code, des correctifs et des documentations, deviennent courants et soulèvent des questions sur la nature et la valeur du travail collaboratif dans l'écosystème du logiciel libre.

Un mécanisme de vérification sans autorité centrale

L'auteur du document, identifié sur le site du projet Dillo, suggère de s'inspirer des systèmes de preuve à divulgation nulle de connaissance (zero-knowledge proofs) pour créer une preuve cryptographique d'action humaine. L'idée serait de permettre à un contributeur de démontrer qu'il est humain sans révéler d'informations personnelles. Un tel système pourrait être intégré aux plateformes de forge logicielle (comme GitHub, GitLab ou des forges auto-hébergées) ou aux listes de diffusion.

Le document évoque plusieurs approches potentielles : la signature de commits avec une clé attestant d'une vérification humaine (via un test de Turing, par exemple), l'utilisation de « challenges » temporels ou physiques (comme la vérification par un capteur biométrique local, sans transmission de données), ou encore le recours à des réseaux de confiance où des humains déjà vérifiés attestent d'autres humains.

Les limites des solutions existantes

Le texte souligne que les méthodes actuelles – CAPTCHA, comptes vérifiés par téléphone ou par carte de crédit – ne sont pas satisfaisantes pour l'open source. Les CAPTCHA sont contournables par des IA avancées et représentent une barrière à l'accessibilité ; les vérifications par identité officielle entrent en conflit avec la culture de l'anonymat et de la vie privée qui prévaut dans de nombreuses communautés de logiciel libre.

L'auteur note également que l'IA générative peut désormais produire des contributions « propres » (code correct, documentation lisible, rapports de bug crédibles), ce qui rend de plus en plus difficile pour un mainteneur de distinguer une contribution humaine d'une contribution automatique. Sans mécanisme de preuve, les projets risquent d'être submergés de contributions non humaines, ou de devoir consacrer un temps excessif à la modération manuelle.

Un enjeu pour la gouvernance des communautés

La proposition ne vise pas à interdire l'IA, mais à offrir un moyen facultatif pour les contributeurs qui souhaitent valoriser leur implication humaine. Dans certains projets, le prestige ou la reconnaissance repose sur l'idée que le travail a été effectué par un humain ; un badge ou un jeton « humain » pourrait renforcer ce signal.

Le document reste au stade de l'exploration technique et ne fournit pas d'implémentation clé en main. Il invite la communauté à discuter des implications éthiques, techniques et sociales d'un tel système. Plusieurs commentaires sur la page de discussion associative estiment que la question est prématurée ou que les mécanismes proposés sont trop complexes pour les petits projets.

Un contexte plus large

Cette réflexion s'inscrit dans un débat plus large sur la place de l'IA dans les communautés open source. Plusieurs projets ont déjà adopté des chartes ou des règles pour encadrer l'utilisation de l'IA (comme l'obligation de mentionner qu'une contribution a été assistée par IA). D'autres appellent à ne pas distinguer l'origine humaine ou artificielle, considérant que seul le résultat compte.

L'initiative de Dillo, bien que modeste, relance la question de la confiance et de l'authenticité dans un environnement numérique où la distinction humain-machine devient floue. Pour les mainteneurs de projets bénévoles, la charge croissante de vérification pourrait devenir intenable ; une solution technique légère et respectueuse de la vie privée serait bienvenue.

Le document « Human Proof for FOSS Contributions » est accessible sur le site officiel du projet Dillo. L'auteur précise qu'il s'agit d'un brouillon de réflexion, ouvert aux commentaires et aux contributions.