Le Space Systems Command, principal organe d’acquisition de la Force spatiale américaine (US Space Force), a officiellement attribué à SpaceX un contrat à prix fixe de 2,29 milliards de dollars pour le développement du réseau dit « Space Data Network Backbone » (SDN Backbone). Ce réseau doit servir d’épine dorsale aux communications militaires en orbite basse, en reliant en continu et de manière sécurisée les capteurs spatiaux aux systèmes d’armes au sol — une architecture qualifiée de « sensor-to-shooter » (du capteur au tireur).
Les termes du contrat et la technologie retenue
Le contrat, annoncé mardi 27 mai 2026, porte sur un réseau de satellites interconnectés par liaisons optiques. Selon le communiqué du Space Systems Command, ce réseau doit fournir des « communications tactiques mondiales et des services de communication à large bande ». Le système s’appuiera sur la technologie développée pour la constellation Starlink de SpaceX, et plus particulièrement sur la plateforme militaire Starshield, que l’entreprise construit et lance déjà pour des applications de défense.
Le colonel Ryan Frazier, responsable par intérim du portefeuille d’acquisition pour la détection et le ciblage spatiaux, a déclaré que ce réseau « tire parti du meilleur de l’innovation commerciale » et qu’il constituera un « énorme avantage et un catalyseur » pour les forces armées américaines. Il a ajouté qu’il agit comme « une couche de communication centrale pour les systèmes de combat de la Force spatiale, garantissant que nos capteurs et nos tireurs sont connectés en permanence, à l’échelle mondiale et en toute sécurité ».
Un changement de stratégie après les difficultés de la Space Development Agency
Cette attribution confirme un changement majeur dans la stratégie du Pentagone. La Space Development Agency (SDA), créée en 2019, avait pour mission de déployer rapidement des constellations de satellites de détection de missiles et de relais de données, en faisant appel à de nombreux industriels. Mais l’architecture de la SDA a buté sur des goulots d’étranglement dans les chaînes d’approvisionnement et des difficultés d’intégration entre les multiples contractants. Le Government Accountability Office (GAO) avait également identifié des problèmes techniques qui ont ralenti le programme.
La première demande budgétaire de la seconde administration Trump, l’an dernier, avait révélé une inflexion : les documents budgétaires évoquaient un nouveau programme appelé « pLEO SATCOM » ou « MILNET », tout en proposant de supprimer le financement de la prochaine tranche de satellites de transport de données de la SDA. Ce programme a depuis été rebaptisé Space Data Network.
Maintien de la concurrence et intégration avec les travaux existants
Des parlementaires ont exprimé des inquiétudes sur le fait de s’éloigner de la stratégie initiale de la SDA, qui reposait sur la concurrence et les architectures ouvertes, pour confier le réseau à une seule entreprise. En réponse, le Space Systems Command a indiqué que le Space Data Network travaillera avec « plusieurs fournisseurs » et prévoit d’« élargir ses participants au cours de l’été ». Ces participants pourraient inclure d’autres sociétés disposant de constellations à large bande en développement, comme Amazon.
Le lieutenant-colonel Jeffrey Fry, responsable du programme SDN Backbone, a déclaré : « Notre stratégie d’acquisition est conçue pour favoriser la concurrence et élargir notre base industrielle. Nous n’échangeons pas la vitesse contre l’échelle ; nous exigeons les deux. » Les responsables ont également précisé que l’architecture de transport de données précédente de la SDA, dont les satellites sont encore en construction et en attente de lancement, sera « fusionnée » avec les efforts d’acquisition du Space Data Network de la Force spatiale.
Parallèle avec les satellites de détection de missiles
Par ailleurs, le second axe majeur de la SDA reste le déploiement d’une constellation de satellites en orbite basse destinée à détecter et suivre les lancements de missiles. Ces satellites de détection voleront beaucoup plus près de la Terre que les satellites traditionnels d’alerte antimissile de la Force spatiale.
Le contrat SDN Backbone attribué à SpaceX constitue donc une étape clé dans la réorganisation des communications spatiales militaires américaines, en privilégiant une solution industrialisée et éprouvée commercialement, tout en cherchant à préserver une certaine concurrence.