Alors que de nombreux dirigeants de la tech estiment que l'intelligence artificielle ne remplacera pas les emplois qualifiés de sitôt, le créateur de Claude Code, l'outil de codage agentique le plus rapide du marché, défend une thèse radicalement opposée. Boris Cherny, qui a conçu et dirige le produit phare d'Anthropic, affirme que la fin du métier de développeur logiciel est déjà en cours.
Une prédiction tranchée
Dans un entretien, Cherny déclare n'avoir pas écrit une seule ligne de code depuis plus de six mois. Pour lui, le codage tel qu'il le pratiquait est « résolu ». Il estime que l'intitulé de poste « ingénieur logiciel » pourrait commencer à s'effacer dès la fin de cette année, pour se fondre dans un rôle plus large de « constructeur » (builder). Les designers, chefs de produit et managers autour de lui commencent déjà à expédier du code par eux-mêmes, grâce aux agents d'IA.
Pourtant, Cherny tempère son pronostic par une vision optimiste de l'emploi. « Je ne pense pas que nous les appellerons ingénieurs », explique-t-il, « mais si l'on parle de personnes qui écrivent du code – ou qui utilisent des agents pour écrire du code –, je pense qu'il y aura cent fois plus d'ingénieurs qu'aujourd'hui. C'est ma prédiction. »
Un parcours atypique
Rien ne destinait Boris Cherny à piloter un outil de codage révolutionnaire. Ancien étudiant en économie, il a abandonné l'université à 18 ans pour lancer une start-up, a travaillé dans un hedge fund, puis a passé cinq ans comme ingénieur principal chez Meta avant de rejoindre Anthropic en septembre 2024. À son arrivée, il s'est donné pour mission d'explorer les capacités de l'API d'Anthropic. Le produit qui deviendra Claude Code est né d'un petit outil conçu en quelques jours pour lui indiquer la chanson en cours d'écoute. Après quelques mois d'itérations, la première version interne a été adoptée par 20 % des ingénieurs d'Anthropic dès le premier jour.
Contexte et oppositions
La position de Cherny contraste avec celle d'autres figures de la tech. Aaron Levie, PDG de Box, soutient que le « dernier kilomètre » du travail humain résistera à l'automatisation. James Manyika, vice-président senior de Google, explique que la technologie a surtout automatisé des tâches, pas des emplois entiers. Cherny, lui, estime que la disruption arrive bien plus vite et plus profondément.
Implications pour le marché du travail
Si la thèse de Cherny se vérifie, les conséquences pour le marché de l'emploi seraient massives. Les entreprises pourraient embaucher moins d'ingénieurs traditionnels, mais davantage de « constructeurs » capables de piloter des agents d'IA. La frontière entre métiers techniques et non techniques s'estomperait, ouvrant la voie à une nouvelle génération de professionnels capables de créer des logiciels sans maîtriser les langages de programmation classiques.
Anthropic, entreprise fondée sur les principes de sécurité et de recherche, a fait du codage l'un de ses pôles stratégiques majeurs. Claude Code s'inscrit dans cette vision, qui consiste à étudier les interactions homme-machine tout en améliorant les modèles de codage. Cherny précise qu'à ses débuts, l'entreprise hésitait à développer des produits ; aujourd'hui, elle mise résolument sur des outils agentiques.
Une révolution en marche
Au-delà des prédictions, le témoignage de Cherny illustre un basculement déjà à l'œuvre : des outils comme Claude Code transforment la pratique quotidienne du développement. Si l'avenir du logiciel appartient aux « constructeurs » plutôt qu'aux ingénieurs, c'est toute la formation, le recrutement et l'organisation du travail qui devront s'adapter. Pour l'instant, Boris Cherny continue d'affiner son outil – sans écrire une ligne de code.