La position officielle du groupe Bolloré
Le groupe Bolloré, actionnaire de référence d’Universal Music Group (UMG), a officiellement appelé le directoire de la major du disque à rejeter l’offre d’acquisition formulée par le fonds d’investissement Pershing Square, dirigé par l’investisseur Bill Ackman. Dans un communiqué transmis au conseil d’administration, la holding de la famille Bolloré estime que la proposition ne reflète pas la juste valeur du groupe musical et recommande aux dirigeants de ne pas l’examiner plus avant.
Selon les termes de l’offre, Pershing Square proposait de racheter l’intégralité du capital d’Universal Music pour un montant qui n’a pas été rendu public dans le détail, mais que plusieurs sources proches du dossier qualifient d’insuffisant au regard des perspectives de croissance du secteur. Le groupe Bolloré, qui détient environ 18 % du capital d’UMG via ses différentes participations, juge que l’entreprise est sous-évaluée et qu’une cession à ce stade ne servirait pas les intérêts des actionnaires.
Universal Music, un actif stratégique
Universal Music Group est le premier groupe musical mondial, avec un catalogue qui comprend des artistes tels que Taylor Swift, Drake ou encore BTS, et des labels historiques comme Capitol, Interscope ou Deutsche Grammophon. Coté à la Bourse d’Amsterdam depuis septembre 2021, le groupe avait été valorisé environ 45 milliards d’euros lors de son introduction en Bourse. Depuis, son cours a fluctué, mais le groupe Bolloré considère que la croissance du streaming et le développement de nouveaux marchés comme l’Asie justifient une valorisation plus élevée.
La famille Bolloré a toujours vu dans Universal Music un actif stratégique de long terme. Vincent Bolloré, président du conseil de surveillance du groupe éponyme, avait orchestré la scission d’Universal Music de Vivendi en 2021, conservant une participation significative. Pour la holding, vendre aujourd’hui reviendrait à céder un joyau industriel à un moment où l’industrie musicale connaît une croissance soutenue.
Les motivations de Pershing Square
De son côté, le fonds Pershing Square, connu pour ses participations dans des entreprises comme Restaurant Brands International ou Lowe’s, justifie son approche par la volonté de « libérer de la valeur » pour les actionnaires d’Universal. Bill Ackman, son fondateur, a publiquement déclaré que le marché sous-évaluait le groupe, mais que sous son contrôle, des synergies et une gestion plus resserrée permettraient d’atteindre un meilleur rendement. Il n’a pas commenté directement l’opposition de Bolloré, mais a laissé entendre que son offre était « amicale et ouverte à la discussion ».
La gouvernance d’UMG en jeu
La décision finale revient au directoire d’Universal Music, présidé par Lucian Grainge. Ce dernier n’a pas encore pris position publiquement. Le conseil de surveillance, où siègent des représentants de Bolloré, a transmis son avis, mais il n’est pas contraignant. La procédure prévoit que le directoire examine l’offre et donne sa recommandation aux actionnaires. L’opposition de Bolloré, premier actionnaire individuel, complique cependant la donne pour Pershing Square, qui pourrait devoir relever son prix pour espérer convaincre.
Réactions du marché et des analystes
Les analystes financiers sont partagés. Certains estiment que l’offre de Pershing Square, bien que généreuse par rapport au cours de Bourse récent, reste en deçà des objectifs de long terme des grands actionnaires. D’autres jugent qu’un rachat par un fonds activiste pourrait apporter une discipline financière bénéfique, mais au risque de démanteler le groupe. Les agences de notation n’ont pas encore modifié leur perspective sur UMG.
Implications pour le secteur musical
Cette bataille boursière intervient dans un contexte de concentration accélérée dans l’industrie musicale. Les trois majors — Universal, Sony Music et Warner Music — dominent le marché. Un rachat d’Universal par un fonds d’investissement pourrait modifier l’équilibre concurrentiel, en particulier si Pershing Square décidait de céder certaines activités. La position de Bolloré est donc aussi politique : elle vise à préserver l’indépendance et la stabilité du groupe face à des appétits financiers.
Prochaine étape
Le directoire d’Universal Music doit maintenant statuer. Il pourrait engager des discussions avec Pershing Square pour obtenir une meilleure offre, ou rejeter purement et simplement la proposition. Le groupe Bolloré, de son côté, a laissé entendre qu’il pourrait monter au capital pour renforcer son influence si nécessaire. La décision est attendue dans les prochaines semaines.