Un haut dirigeant de G42, acteur majeur de l’intelligence artificielle, a estimé que le marché du calcul (compute) est « broken » (cassé), selon des propos tenus lors d’un entretien publié par Bloomberg le 27 mai 2026. Cette déclaration intervient alors que la demande de puissance de calcul explose, portée par l’entraînement et l’exécution de modèles d’IA toujours plus massifs, tandis que l’offre peine à suivre le rythme.

L’intervenant, dont le nom n’est pas précisé dans la vidéo, critique la rigidité du marché actuel. Il souligne que l’accès aux GPU et autres accélérateurs est devenu un goulot d’étranglement, freinant l’innovation et la compétitivité des acteurs qui ne disposent pas de ressources financières ou de relations privilégiées avec les fournisseurs de semi-conducteurs. « Le système en place n’est pas conçu pour l’échelle et la volatilité de la demande actuelle », résume-t-il.

Cette situation, selon lui, entraîne une allocation inefficace des ressources : de grandes entreprises thésaurisent des capacités qu’elles n’utilisent pas, tandis que des start-up et des laboratoires de recherche peinent à obtenir les cycles de calcul nécessaires à leurs projets. Il compare ce phénomène à une « pénurie artificielle » qui asphyxie l’écosystème.

Des pistes de réforme

Pour remédier à ce qu’il considère comme une défaillance de marché, le dirigeant de G42 propose une série de mesures. Il préconise notamment la création de places de marché plus fluides pour la location de capacités de calcul, sur le modèle des marchés de l’énergie ou des télécommunications. Il évoque aussi le rôle potentiel des États : « Les gouvernements doivent réfléchir à la régulation de ce bien stratégique, comme ils le font pour les fréquences radio ou les infrastructures critiques », affirme-t-il.

Il suggère également une standardisation des interfaces et des protocoles pour permettre une interopérabilité entre les différents fournisseurs de cloud et de calcul, ce qui réduirait les coûts de migration et favoriserait la concurrence. Enfin, il appelle à un investissement massif dans les centres de données régionaux, afin de rapprocher la puissance de calcul des utilisateurs et de réduire la latence.

Un marché en tension

Les déclarations de ce dirigeant de G42 interviennent dans un contexte de tensions persistantes sur le marché des semi-conducteurs et des infrastructures de calcul. Les entreprises comme NVIDIA, AMD ou Intel peinent à satisfaire la demande combinée du cloud, du HPC (calcul haute performance) et de l’IA. Par ailleurs, la guerre technologique entre les États-Unis et la Chine a complexifié l’accès aux puces les plus avancées pour certains acteurs internationaux, notamment dans la région du Golfe où G42 est basée.

Le constat de G42 rejoint celui d’autres observateurs du secteur, qui pointent un déséquilibre entre l’offre de silicium et les besoins exponentiels des modèles d’IA générative. Selon plusieurs analystes, le coût d’entraînement d’un modèle de la taille de GPT-4 ou de Gemini a dépassé le milliard de dollars, et continue de croître. « Nous sommes entrés dans une ère où le calcul est la nouvelle monnaie de l’innovation », a conclu le dirigeant.

Implications pour l’industrie

Si les propositions de G42 étaient mises en œuvre, elles pourraient bouleverser l’équilibre actuel dominé par les géants du cloud (AWS, Azure, Google Cloud) et les fabricants de puces. Une plus grande liquidité du marché du calcul pourrait bénéficier aux acteurs de taille moyenne et aux écosystèmes de recherche, mais pourrait aussi réduire les marges des fournisseurs historiques. La question de la souveraineté numérique et de la dépendance technologique est également posée, alors que les États cherchent à sécuriser leurs propres capacités de calcul.

Les propos tenus par le dirigeant de G42, bien que non attribués nominativement dans la source, constituent un signal fort de la part d’un acteur influent du Moyen-Orient. Ils pourraient influencer les débats lors des prochaines conférences internationales sur l’IA et les infrastructures numériques.