Le pape Léon XIV a publié lundi une encyclique dans laquelle il dénonce la « culture du pouvoir » qui stimule le développement rapide de l’intelligence artificielle. Il avertit que cette technologie doit être soumise aux contraintes éthiques « les plus rigoureuses » à mesure qu’elle s’infiltre dans le travail, la guerre et d’autres domaines de la vie humaine.
Le document, intitulé Magnifica Humanitas (« Humanité magnifique »), est le premier texte majeur de son pontificat consacré à la protection de l’humanité. Rompant avec la tradition, le pape l’a présenté lui-même lors d’un événement au Vatican. Parmi les participants figurait Christopher Olah, cofondateur de l’entreprise américaine d’intelligence artificielle Anthropic, actuellement impliquée dans un litige avec l’administration Trump sur les questions éthiques liées à l’IA.
Appel au « désarmement » de l’IA et excuses pour l’esclavage
L’encyclique qualifie l’essor de l’intelligence artificielle de phénomène porté par une « culture du pouvoir ». Le souverain pontife y appelle à un « désarmement » de l’IA, estimant que la technologie contribue à la « normalisation de la guerre » dans un contexte qu’il décrit comme « un inquiétant regain du recours à la guerre comme instrument de la politique internationale ».
Léon XIV présente également des excuses pour le retard de l’Église catholique à condamner l’esclavage, qu’il qualifie de « plaie dans la mémoire chrétienne ». Il évoque en outre les « nouvelles formes d’esclavage » engendrées par l’économie numérique, sans entrer dans le détail des mécanismes précis.
Premier pape américain et priorité à l’éthique
Les encycliques constituent l’une des plus hautes formes d’enseignement d’un pape à l’intention des 1,4 milliard de membres de l’Église catholique. Elles définissent généralement les priorités du pontife et mettent en lumière les grands enjeux de société.
Né à Chicago, le pape Léon XIV est le premier souverain pontife originaire des États-Unis. Peu après son élection en mai 2025, il avait déjà déclaré considérer l’intelligence artificielle comme la plus grande menace pesant aujourd’hui sur l’humanité. Cette encyclique confirme son intention de placer la régulation éthique de l’IA au cœur de son magistère.
Un texte qui s’inscrit dans un débat mondial
La publication de Magnifica Humanitas intervient alors que de nombreux gouvernements et organisations internationales tentent d’encadrer le développement de l’intelligence artificielle. Le pape insiste sur la nécessité que l’IA reste au service de l’humanité et ne devienne pas un instrument de domination ou de destruction. Il appelle les décideurs politiques, les entreprises technologiques et la société civile à travailler ensemble pour garantir que les progrès technologiques respectent la dignité humaine et les droits fondamentaux.
Le texte ne se prononce pas sur des législations spécifiques, mais pose un cadre moral général. En évoquant le litige en cours entre Anthropic et l’administration Trump, le pape souligne indirectement les tensions actuelles autour de l’éthique de l’IA aux États-Unis.
Réactions et perspectives
La présentation de l’encyclique par le pape lui-même, plutôt que par un secrétaire ou un cardinal, a été remarquée comme un signe de l’importance qu’il accorde au sujet. La présence de Christopher Olah, figure reconnue du secteur de l’IA, témoigne d’une volonté de dialogue entre l’Église et les acteurs de la technologie.
Aucune réaction officielle des autorités américaines ou des grandes entreprises technologiques n’a été communiquée dans l’immédiat. L’encyclique devrait nourrir les débats éthiques et politiques sur l’intelligence artificielle dans les semaines à venir.