Le pire scénario climatique, qui prévoyait une hausse des températures supérieure à 4 degrés Celsius d'ici la fin du siècle, s'éloigne. Des travaux scientifiques publiés en avril indiquent que cette trajectoire, connue sous le nom de RCP8.5 puis SSP5-8.5, est désormais moins probable. Conçue comme un repère pour aider les gouvernements à se préparer aux conséquences les plus dangereuses, cette voie extrême n'a jamais constitué une prédiction.
Un changement de trajectoire lié aux renouvelables
Selon le climatologue Detlef Van Vuuren, auteur principal de la nouvelle étude, il s'agissait d'un « scénario à faible probabilité mais à risque élevé ». Ce scénario reflétait les connaissances et les tendances énergétiques de la fin des années 2000, quand le monde dépendait davantage de la combustion du charbon, du pétrole et du gaz, principales sources de chaleur pour la planète. Or, ces tendances ont changé. Le déploiement des énergies renouvelables, plus rapide que prévu, et les politiques adoptées par de nombreux gouvernements ont ralenti la croissance projetée des émissions.
« Nous ne nous dirigeons pas vers le pire scénario car nous avons pris des mesures politiques qui nous permettent de nous en éloigner », a expliqué le climatologue français Christophe Cassou. Friederike Otto, climatologue à l'Imperial College de Londres, a souligné que ce scénario « supposait que l'humanité poursuivrait un boom des combustibles fossiles sans entrave, ce qui, heureusement, n'a pas eu lieu ». Elle a qualifié cette évolution de « fondamentalement bonne nouvelle », tout en mettant en garde : « cela ne doit en aucun cas mener à la complaisance ».
Récupération politique et tentations de déni
Le président américain Donald Trump a saisi cette révision pour affirmer que les climatologues « s'étaient trompés », alimentant les attaques contre la science climatique de la part de sceptiques et de politiciens aux États-Unis comme en Europe. Le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) a utilisé cette nouvelle donne pour réclamer un recul des politiques climatiques du pays lors d'un débat parlementaire en milieu de semaine.
Niklas Höhne, directeur exécutif et fondateur de l'Institut NewClimate en Allemagne, a qualifié cette manœuvre de « tactique de diversion flagrante des négationnistes du climat et de l'extrême droite ». Alors que le monde traverse une nouvelle crise énergétique, il a estimé que les défenseurs des énergies fossiles « ne reculeront devant rien pour fabriquer un prétendu scandale avec des arguments scandaleux et détourner l'attention des vrais problèmes ». Christophe Cassou a également affirmé que les scientifiques « n'ont pas du tout été alarmistes ».
La fin des scénarios les plus optimistes
Parallèlement à l'abandon du scénario le plus pessimiste, les chercheurs ont également renoncé à leur voie climatique la plus optimiste. Ils prévoient désormais que le monde dépassera probablement temporairement le seuil de 1,5 degré Celsius de réchauffement par rapport aux niveaux préindustriels, une limite fixée par l'accord de Paris. Cette perspective maintient la pression sur les gouvernements pour qu'ils renforcent leurs engagements, alors que l'ONU s'apprête à demander des contributions nationales plus ambitieuses. Les scientifiques avertissent que même sans le scénario le plus extrême, la hausse des températures intensifiera les sécheresses, les canicules et la pénurie d'eau dans le monde entier.
Des conséquences durables
Le réchauffement climatique se poursuit. Les experts rappellent que l'abandon du pire des cas ne signifie pas que les dangers sont écartés. Les émissions de gaz à effet de serre restent élevées, et les phénomènes extrêmes se multiplient. Les prochaines années seront cruciales pour déterminer si les efforts mondiaux permettront d'éviter les conséquences les plus graves du changement climatique.