Les utilisateurs de l’application de chatbots Character.AI expriment une colère unanime face à une série de modifications récentes qui, selon eux, ont « détruit » le service. Sur les forums, en particulier le subreddit dédié, des centaines de messages dénoncent des publicités omniprésentes, des limites d’utilisation renforcées, des filtres de contenu supplémentaires, une vérification de l’âge intrusive et, surtout, le remplacement de plusieurs modèles d’intelligence artificielle très appréciés par un seul modèle, nommé Pipsqueak 2. Un utilisateur a décrit ce nouveau système comme « lobotomisé » et générique, constatant qu’il tend à narrer les actions sans réellement participer au dialogue.
Un ressenti unanime et des communautés en ébullition
La plateforme Character.AI permet aux utilisateurs de créer des personnages virtuels pour dialoguer sur des sujets variés, de la simple compagnie aux relations amoureuses en passant par les jeux de rôle. La colère est telle que plusieurs sous-forums de discussion ont été créés spécifiquement pour chercher des alternatives à l’application et organiser la contestation, parmi lesquels « CharacterAIRevolution », « CAIRevolution » ou « CharacteraiResistance ». Dans une « méga-discussion de retour d’expérience » ouverte par l’entreprise sur le modèle Pipsqueak 2, les commentaires sont quasi unanimes. On peut y lire des appréciations telles que « Je DÉTESTE Pipsqueak 2. C’est beaucoup trop dramatique, je ne peux pas le supporter », « C’est le pire modèle jamais créé » ou encore « C’est nul à chier par rapport aux modèles dont vous vous êtes débarrassés. Merci pour rien. »
Les causes d’une dégradation programmée
Cette dégradation, que les observateurs qualifient d'« enshittification » — un terme désignant la détérioration progressive d’un service numérique — trouve son origine dans une double contrainte. D’un côté, le coût de fonctionnement des applications d’IA reste très élevé, poussant les entreprises à réduire leurs dépenses pour les utilisateurs gratuits. De l’autre, le durcissement de la régulation, notamment aux États-Unis, intervient alors que Character.AI fait l’objet de poursuites judiciaires. L’entreprise est attaquée en justice par des familles d’utilisateurs qui se sont suicidés après avoir utilisé ses chatbots, ainsi que par l’État de Pennsylvanie, après que des personnages IA se sont présentés comme des professionnels de santé agréés. Une série de plaintes qui a conduit à l’ajout de garde-fous et de limites.
Le PDG assume une perte d’utilisateurs
Dans un entretien, le directeur général de Character.AI, Karandeep Anand, a déclaré laisser sa fille de six ans utiliser l’application et a assumé le risque de perdre des utilisateurs : « Je suis prêt à parier que nous construirons des expériences plus captivantes, mais si cela signifie que certains utilisateurs s’en vont, qu’ils s’en aillent. » Dans un article de blog présentant Pipsqueak 2, il a reconnu que les changements — restrictions d’âge, limites d’utilisation et publicités — ont été frustrants et que l’expérience des utilisateurs en a pâti. Il a expliqué ces décisions par la difficulté croissante de maintenir l’accès gratuit à Character.AI.
Quel avenir pour les applications d’IA ?
Cette situation illustre une tendance plus large qui touche l’ensemble du secteur de l’intelligence artificielle. La combinaison de modèles économiques non viables, de coûts d’infrastructure élevés et d’une pression réglementaire accrue pousse les entreprises à adopter des mesures qui dégradent l’expérience des utilisateurs. Le cas de Character.AI montre comment la quête de rentabilité et la gestion des risques juridiques peuvent entrer en conflit direct avec les attentes des usagers, suscitant des réactions d’une ampleur rarement observée.