Meta règle un litige emblématique
Meta, la maison mère d'Instagram, a conclu un accord avec un district scolaire américain qui l'avait poursuivi en justice pour les coûts liés à la lutte contre une crise de santé mentale imputée à ses plateformes sociales. L'accord, annoncé jeudi par un porte-parole de Meta, permet à l'entreprise d'éviter de plaider dans ce procès, dont le début était prévu pour la mi-juin devant un tribunal fédéral d'Oakland, en Californie.
Un cas test pour des centaines de districts
Le district scolaire de Breathitt, situé dans l'État du Kentucky, avait été choisi comme cas test pour plus d'un millier de districts scolaires américains ayant déposé des plaintes similaires contre les géants des réseaux sociaux. Les plaignants accusaient les entreprises d'avoir délibérément conçu leurs plateformes pour être addictives, provoquant des dommages allant de l'anxiété et de la dépression à l'automutilation chez les élèves.
Le district réclamait 60 millions de dollars (environ 44,7 millions de livres sterling) de dommages et intérêts pour financer la lutte contre les impacts des réseaux sociaux sur les élèves, ainsi qu'un programme de réduction des nuisances. Il demandait également que les entreprises modifient la nature prétendument addictive de leurs plateformes.
Des accords avec d'autres plateformes
La semaine précédant l'accord avec Meta, le district scolaire de Breathitt avait déjà trouvé un arrangement avec trois autres défendeurs : TikTok, Snap Inc et YouTube (propriété de Google). Ces accords successifs réduisent le nombre de parties prenantes dans ce procès test, tout en laissant en suspens les poursuites visant d'autres sociétés.
Réactions des avocats des plaignants
« Notre priorité reste de poursuivre la justice pour les 1 200 districts scolaires restants qui ont déposé des plaintes », ont déclaré les avocats des plaignants, Lexi Hazam, Previn Warren, Chris Seeger et Ronald Johnson, dans un communiqué commun. Ce signal montre que le combat juridique contre les réseaux sociaux est loin d'être terminé.
Contexte judiciaire plus large
Ce règlement intervient alors qu'un autre procès test, dit « bellwether », intenté par plusieurs États américains contre Meta, doit se tenir dans le même tribunal à partir du mois d'août. Par ailleurs, en début d'année, Meta et YouTube avaient perdu une affaire médiatisée à Los Angeles, où une jeune femme de 20 ans, connue sous le nom de Kaley, avait obtenu 6 millions de dollars de dommages après que les jurés eurent estimé que les entreprises avaient conçu intentionnellement des plateformes addictives ayant nui à sa santé mentale. Meta et Google ont annoncé leur intention de faire appel de cette décision. Snap et TikTok avaient réglé ce même procès juste avant le début du procès.
La position de Meta
Jeudi, un porte-parole de Meta a déclaré que l'entreprise restait « concentrée sur notre travail de longue date visant à construire des protections comme les Comptes Adolescents qui aident les ados à rester en sécurité en ligne, tout en offrant aux parents des contrôles simples pour soutenir leurs familles ». Lancé il y a deux ans, Instagram Teen Accounts est un outil conçu pour protéger les adolescents des contenus nuisibles. Cependant, certains chercheurs estiment que cet outil ne parvient pas à empêcher les jeunes utilisateurs de voir des publications liées au suicide et à l'automutilation.
Controverses et critiques
Arturo Béjar, un lanceur d'alerte de Meta qui a témoigné contre l'entreprise, a commenté : « Quand on conçoit des produits pour maximiser la capture de votre attention, certaines personnes vont développer une relation nocive avec eux. » Par ailleurs, cette semaine, le Tech Transparency Project, un groupe de défense, a affirmé que Meta rémunère des influenceurs Instagram pour façonner positivement le récit autour de son outil Comptes Adolescents.
Implications pour l'avenir
Bien que les termes de l'accord avec Meta n'aient pas été divulgués, ce règlement marque une étape importante dans le contentieux de masse opposant les écoles américaines aux géants de la tech. Il soulève des questions sur la responsabilité des plateformes en matière de santé mentale des jeunes, un débat qui dépasse les frontières des États-Unis, comme en témoignent les récentes annonces gouvernementales au Royaume-Uni et au Pays de Galles sur la régulation des réseaux sociaux dans les écoles.