Un mardi de mai, le thermomètre parisien dépasse les 30 °C. Pour les milliers de personnes qui travaillent dans la rue, cette vague de chaleur précoce est un avant-goût inquiétant des mois à venir. Livreurs à vélo ou en scooter, éboueurs, ouvriers du bâtiment, jardiniers, autant de métiers qui n’ont pas la possibilité de se mettre à l’abri. Reportage dans les rues de la capitale.

« On crève, c’est trop tôt pour ça »

« On a peur de ce que ce sera en plein été », confie un livreur à vélo, attablé quelques minutes à l’ombre d’un arbre avant de repartir. Comme lui, plusieurs travailleurs interrogés expriment le même sentiment : la saison chaude commence trop tôt, et les pics annoncés pour juillet et août les inquiètent. « Là, on tient, mais si ça monte encore… », glisse un maçon, casque vissé sur la tête, qui tente de s’hydrater entre deux allers-retours sur un chantier.

Sur les boulevards, les terrasses sont encore clairsemées, mais les livreurs, eux, n’ont pas de répit. Certains portent des casquettes, d’autres des gilets de glace artisanaux. « Le patron ne veut pas qu’on s’arrête, mais la chaleur, ça vous claque », raconte un scootériste. Les horaires, le rythme, la pression des livraisons : peu de place pour la canicule.

Des protections insuffisantes

Dans le secteur du bâtiment, les règles existent – pauses régulières, accès à l’eau, zones d’ombre – mais les salariés disent qu’elles sont souvent difficiles à appliquer. « Le chef dit de boire, mais le chantier continue, et toi tu dois suivre », rapporte un ouvrier. Les tenues de sécurité (casque, gilet, chaussures) ajoutent à l’inconfort. Certains témoignent aussi de l’absence de ventilation dans les postes de travail fixes en extérieur.

Du côté des services de nettoyage, les agents municipaux croisés évoquent des tournées rallongées et des horaires qui ne tiennent pas compte des températures. « On commence tôt, mais à midi le bitume est déjà brûlant », résume une employée.

Un avant-goût estival sous surveillance

Météo France a placé plusieurs départements en vigilance jaune pour canicule. Si cet épisode n’atteint pas encore le seuil de canicule, il intervient de manière anormalement précoce. Les syndicats réclament depuis des années un plan de prévention renforcé pour les travailleurs exposés aux fortes chaleurs, avec l’obligation pour les employeurs d’adapter les horaires et de fournir des équipements adaptés.

Dans la rue, la plupart des travailleurs rencontrés disent ne pas avoir reçu de consignes particulières. « On attend l’été, mais on espère que ça ne va pas trop durer », conclut un livreur avant de remonter sur son deux-roues.