Les chefs de file de l'intelligence artificielle sont divisés en deux camps opposés quant à l'effet de leur propre technologie sur l'emploi qualifié, alors que les entreprises, les décideurs politiques et le public peinent à discerner la réalité des prophéties. Cette semaine, deux prises de parole publiques ont illustré l'abîme qui sépare les laboratoires Anthropic et OpenAI.

Des visions contradictoires

Le cofondateur d'Anthropic, Chris Olah, s'est exprimé lors de la conférence sur l'éthique de l'IA organisée au Vatican, renforçant le discours que son directeur général, Dario Amodei, tient régulièrement sur les dangers de l'intelligence artificielle. « Il existe une possibilité réelle que l'IA déplace le travail humain à très grande échelle », a déclaré Olah.

À l'inverse, le directeur général d'OpenAI, Sam Altman, adopte un ton bien plus optimiste. Il a jugé peu probable que l'IA provoque une « apocalypse de l'emploi » et a reconnu s'être trompé dans ses précédentes prévisions, qui annonçaient la disparition de catégories entières de métiers. « Je suis ravi de m'être trompé sur ce point. Je pensais que l'impact sur les emplois de bureau débutants aurait été bien plus important à ce jour que ce qui s'est réellement produit », a confié Altman à Matt Comyn, directeur général de la Commonwealth Bank of Australia.

Une vague de licenciements nourrit le camp pessimiste

Les récentes vagues de licenciements dans le secteur technologique ont apporté de l'eau au moulin des « doomistes ». Meta a ainsi licencié près de 8 000 employés, après avoir annoncé des dépenses d'investissement d'au moins 125 milliards de dollars en intelligence artificielle cette année. Coinbase, Block, Pinterest, Shopify et d'autres ont également lié des restructurations à leurs capacités en IA.

« L'IA coûte très cher », et les licenciements permettent d'en compenser les coûts, a expliqué Sophia Velastegui, ancienne directrice de l'IA chez Microsoft et aujourd'hui directrice générale de Velastegui Ventures.

Des signes contradictoires

D'autres éléments récents plaident toutefois dans le sens inverse. Selon des chercheurs de l'université Stanford, si le chômage a augmenté depuis 2023, c'est principalement dans les secteurs les moins exposés à l'IA. Sur le site d'emplois Indeed, les offres d'emploi en génie logiciel ont augmenté de plus de 18 % sur un an, alors que l'ensemble des offres a baissé de 4,3 % sur la même période. L'économiste en chef de LinkedIn a par ailleurs estimé que l'IA a généré environ 1,3 million de nouvelles offres d'emploi.

Des géants de la tech réduisent leur usage de l'IA

Paradoxalement, certaines grandes entreprises technologiques réduisent leur recours à l'IA après avoir constaté que les promesses d'énormes gains de productivité ne s'étaient pas concrétisées. Le directeur des opérations d'Uber a indiqué que les coûts de l'IA devenaient « plus difficiles à justifier », quelques semaines après que son directeur technologique a épuisé son budget informatique 2026 en usage d'IA. Microsoft, de son côté, réduit certaines de ses licences pour Claude Code, une décision que plusieurs médias ont attribuée à leurs coûts élevés.

En conclusion

Personne ne sait vraiment comment l'histoire de l'emploi face à l'IA se déroulera. Le scénario le plus probable est celui de déplacements massifs dans certains secteurs, de créations d'emplois dans d'autres, et d'une transition inégale qui défie tout récit simpliste, qu'il soit optimiste ou catastrophiste.