Rafe Pomerance, militant écologiste et lobbyiste souvent comparé à Paul Revere pour avoir sonné l’alarme sur le réchauffement climatique, est décédé le 21 mai 2026 à Washington des suites d’un cancer du poumon, a annoncé son beau-fils Benjamin Cooley. Il était âgé de 79 ans.
Sa carrière de lanceur d’alerte a commencé en 1979 lorsqu’il prit connaissance d’un rapport de l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA). Ce document, presque en passant, avançait que les émissions de charbon pourraient réchauffer la planète de manière « significative et dommageable ». Cette révélation le poussa à consacrer le reste de sa vie à mobiliser l’opinion et les responsables politiques face à ce qu’il percevait comme la menace existentielle du siècle.
Travaillant dans les années 1970 et au début des années 1980 pour l’organisation Friends of the Earth, Pomerance n’était ni scientifique ni juriste. Il était lobbyiste. Mais, selon Nathaniel Rich, auteur d’un vaste article consacré à cette période, « il était le personnage central de l’émergence du changement climatique comme sujet politique ». Rich le décrivait comme « volubile, énergique et obsessionnel ». Sa stratégie consistait à rester en retrait : il comprit très tôt qu’il ne devait pas être lui-même le messager.
La décennie perdue
L’article de Nathaniel Rich, intitulé « Losing Earth » (Perdre la Terre) et publié en 2018 dans un magazine américain, ensuite développé en livre et en projet de film, dépeint la période 1979-1989 comme une opportunité manquée. À cette époque, des responsables républicains comme démocrates s’étaient engagés à éviter la catastrophe climatique. Mais la fenêtre se referma sous l’administration de George H.W. Bush, influencée par les industries fossiles.
Pomerance, lui, était l’homme de l’ombre durant toute cette décennie. Il savait qu’il fallait convaincre les scientifiques, les parlementaires et les agences fédérales. Son action discrète mais déterminée contribua à poser les bases de la prise de conscience politique du réchauffement, bien avant que le terme « changement climatique » ne devienne courant.
Un héritage reconnu
Daniel Becker, responsable de longue date du Sierra Club, a salué sa mémoire : « Il nous a recrutés, dynamisés et fourni les faits qui nous ont permis de travailler sur le problème le plus important de notre époque. » Malgré sa notoriété limitée au cercle des initiés de Capitol Hill et des agences fédérales, Pomerance est considéré comme l’une des figures les plus influentes dans l’histoire de la lutte contre le réchauffement. Sa mort marque la disparition d’un acteur clé de la première heure.