Alerte maximale de l'OMS face à une situation sanitaire et sécuritaire explosive
La République démocratique du Congo fait face à une « collision catastrophique » entre la maladie et la guerre, a déclaré mercredi le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus. Alors que l'épidémie de fièvre hémorragique Ebola s'aggrave dans la province de l'Ituri, l'offensive des groupes armés, notamment la rébellion AFC/M23 soutenue par le Rwanda, entrave gravement la réponse sanitaire.
« L'est de la RDC est désormais confronté à une collision catastrophique entre la maladie et le conflit, l'épidémie d'Ebola dans la province de l'Ituri dépassant la capacité de réponse », a écrit Tedros Adhanom Ghebreyesus sur X. Depuis la déclaration de l'épidémie par Kinshasa le 15 mai, l'OMS a enregistré dix décès confirmés dus à Ebola et 220 décès suspects, ainsi que 900 cas suspects supplémentaires. Les experts estiment que la propagation réelle du virus est probablement bien plus large et qu'il circulait déjà depuis un certain temps.
Une réponse entravée par les combats et la défiance
Le chef de l'OMS a souligné que la souche Bundibugyo d'Ebola qui sévit en RDC ne dispose « d'aucun vaccin ni traitement approuvé ». « Arrêter cette transmission d'Ebola dépend entièrement de l'accès humanitaire », a-t-il insisté. Or, les affrontements provoquent des déplacements massifs de populations, poussant les personnes exposées vers des camps surpeuplés et coupant les corridors de confinement essentiels.
« Les travailleurs de première ligne risquent tout, tandis que les attaques contre les établissements de santé rendent presque impossible le suivi des cas et de leurs contacts », a mis en garde Tedros. Deux tentes d'isolement installées par l'ONG Alima dans les premiers jours de la réponse ont été incendiées par une foule en colère réclamant le corps d'un de leurs proches mort d'Ebola. L'émeute n'a été dispersée que lorsque des soldats ont tiré des coups de semonce.
Face à ces tensions, les soignants ont dû adapter leurs pratiques. Ils autorisent désormais les familles à rendre visite aux patients sous supervision médicale, afin de réduire les tensions et d'encourager les malades à se rendre à l'hôpital. « D'un point de vue moral, il est important d'établir cette communication entre les patients et leurs proches », a expliqué Ganou Lamissa, coordinateur logistique d'Alima. « Cela rassure non seulement les patients, mais aussi les proches, qui peuvent savoir dans quelles conditions les patients sont soignés. »
Un appel au cessez-le-feu
La région, riche en minerais, est meurtrie par la violence des groupes armés depuis plus de trente ans. Depuis 2021, la rébellion AFC/M23 a conquis de vastes territoires, et les combats se sont intensifiés depuis le début de l'année 2025. Dans les zones rurales de l'Ituri, les services de l'État sont largement absents depuis des décennies.
« Nous ne pouvons pas instaurer la confiance de la communauté ni isoler les malades alors que les bombes tombent », a déclaré le chef de l'OMS. Il a lancé un appel pressant à toutes les parties belligérantes : « Nous exhortons toutes les parties en guerre à accepter un cessez-le-feu immédiat pour contenir cette épidémie. Nous plaidons pour que la survie humaine soit prioritaire sur tout le reste. »
Cette 17e épidémie d'Ebola en RDC, l'un des pays les plus pauvres du monde, intervient dans un contexte où la confiance dans les autorités sanitaires est cruciale pour appliquer les mesures de prévention. « Pour que les bonnes pratiques et les règles d'isolement, d'enterrement sécurisé et de suivi des contacts soient respectées, une grande confiance dans les autorités sanitaires est nécessaire », a commenté Pierre Boisselet, directeur de l'institut de recherche Ebuteli en RDC. « La situation actuelle de conflit et d'autorité fragmentée ne semble, à première vue, pas très favorable », a-t-il ajouté.