Une ville en perpétuel réaménagement

Alors que le milieu de la matinée approche, le secteur autour de la fontaine de Trevi devient déjà difficile à traverser. Les visiteurs s’arrêtent sans prévenir pour prendre des photos, des groupes organisés se rassemblent derrière des parapluies levés et des agents de sécurité redirigent le flux des piétons à l’aide de barrières temporaires placées autour du monument. À proximité, des échoppes de souvenirs vendent des chapelets, des casques de gladiateur en plastique, de l’eau en bouteille et des aimants sous la chaleur estivale.

Le photographe Lorenzo Grifantini a saisi ces scènes dans le cadre d’un essai photographique consacré à la transformation du centre historique de Rome. Ses images montrent des touristes posant devant la fontaine, l’un d’eux tenant un écran d’ordinateur devant son visage, une autre assise pour se faire photographier. On y voit aussi des ouvriers travailler dans le bassin vidé de la fontaine, ou un touriste prendre un selfie en tenant une glace. L’ensemble illustre une réalité quotidienne : la Ville éternelle s’est peu à peu réorganisée autour du flux ininterrompu de ses visiteurs et des attentes projetées sur elle.

Des infrastructures pensées pour la foule

Les clichés de Grifantini révèlent également des dispositifs temporaires devenus quasi permanents : itinéraires piétonniers déviés, toilettes publiques installées pour faire face à l’afflux, et panneaux de chantier qui transforment la perception des monuments. Alors que certaines fontaines sont en restauration, des barrières et des passerelles provisoires sont dressées, dessinant un parcours contraint pour les promeneurs. Des vigiles en gilet jaune canalisent les groupes, tandis que des kiosques transforment les places en marchés éphémères où se mêlent le sacré et le kitsch.

Un équilibre entre préservation et fréquentation

Sans jamais prendre parti, le travail du photographe souligne les tensions entre la conservation du patrimoine et l’économie touristique. Les trottoirs sont étroits, les passages souvent obstrués, mais chaque recoin est exploité pour attirer ou retenir le touriste. Les clichés montrent aussi des moments de pause – un touriste assis, un ouvrier au repos – qui rappellent que la ville n’est pas seulement un décor, mais aussi un espace vécu par ses habitants. La réflexion de Grifantini invite à observer comment Rome s’ajuste, non sans contradictions, à sa propre légende.

Un regard sur le tourisme de masse

Cet essai photographique s’inscrit dans une série plus large où le photographe interroge la manière dont les villes historiques se métamorphosent sous la pression du tourisme international. Rome, avec ses millions de visiteurs annuels, en offre un cas d’école : les monuments ne sont plus seulement des vestiges du passé, mais des lieux de consommation visuelle et marchande. Les images de Grifantini, sans voix off ni didactisme, laissent le spectateur tirer ses propres conclusions sur la manière dont la cité antique se mue en décor contemporain.