Un véritable plébiscite. Quatre jours après son éviction du poste de Premier ministre par le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, Ousmane Sonko a été triomphalement élu à la présidence de l'Assemblée nationale. Une élection sans surprise, puisque son parti panafricaniste de gauche, le Pastef, compte 130 des 165 sièges de l'institution. Les députés d'opposition avaient quant à eux quitté la salle en signe de protestation, jugeant la réintégration d'Ousmane Sonko en tant que député illégale.
Dans son discours d'investiture, Ousmane Sonko a promis qu'il n'utiliserait pas ses nouvelles fonctions pour mener des vendettas personnelles, après avoir été limogé par son ancien camarade de route. Tout en affirmant également qu'il ne se contenterait pas d'un rôle de spectateur. L'Assemblée nationale ne sera pas une chambre d'enregistrement et elle contrôlera l'action du gouvernement, a-t-il rappelé, se posant en défenseur de la souveraineté populaire. Babacar Ndiaye, directeur de recherche au centre de réflexion Wathi, analyse ce discours comme très offensif. Il souligne que le dialogue n'est pas rompu car Ousmane Sonko tend la main au président de la République pour discuter de la formation du prochain gouvernement, mais qu'il affirme sans détour que tout cela doit être bâti sur le socle du programme de Pastef.
Officialisée le vendredi précédent par le président Bassirou Diomaye Faye, la rupture politique au sommet de l'État était attendue après des mois de tensions entre les deux anciens alliés. Ousmane Sonko a été longtemps le mentor politique de Bassirou Diomaye Faye, puis il est devenu son collaborateur. Selon Alioune Tine, fondateur du cercle de réflexion Afrikajom, Ousmane Sonko n'a jamais totalement accepté cette situation et l'a fait savoir à chaque fois qu'il en avait la possibilité.
Candidat naturel du Pastef à la présidentielle de 2024, Ousmane Sonko avait été empêché de concourir à cause d'une condamnation en justice. Sa formation avait alors désigné Bassirou Diomaye Faye comme candidat de substitution et porté le duo au pouvoir.
Depuis, les sujets de crispation se sont multipliés. Il s'agit notamment des enquêtes pour corruption visant d'anciens responsables du régime de Macky Sall, jugées trop lentes par Ousmane Sonko, ainsi que des négociations avec le Fonds Monétaire International concernant la dette abyssale du Sénégal, dont l'ex-Premier ministre considère qu'elles menacent la souveraineté économique du pays. Des désaccords affichés au grand jour par Ousmane Sonko, qui déplorait un manque d'autorité dans le pays.