SpaceX, l'entreprise spatiale fondée par Elon Musk, va lancer ce qui s'annonce comme la plus grande introduction en Bourse (IPO) jamais réalisée. Selon un document S1 déposé auprès des autorités de régulation américaines, la société prévoit de lever environ 75 milliards de dollars (64,5 milliards d'euros) auprès de nouveaux investisseurs, ce qui la valoriserait jusqu'à 1 750 milliards de dollars. Cette opération financière intervient après vingt-quatre ans de statut privé jalousement gardé par Musk.

Une valorisation record malgré des pertes

Le chiffre est d'autant plus remarquable que SpaceX reste une entreprise déficitaire. Elon Musk, déjà l'homme le plus riche du monde, conservera le contrôle effectif de la société après l'IPO. L'offre publique devrait être listée sur le Nasdaq à partir de la mi-juin.

Coloniser Mars : le projet ultime

Musk ne se contente pas d'envoyer des astronautes en orbite. Son objectif est de bâtir l'infrastructure nécessaire à la survie de l'humanité au-delà de la Terre. Depuis des années, il affirme vouloir créer des cités autonomes sur Mars, capables d'accueillir jusqu'à un million de personnes.

Pour concrétiser cette vision, SpaceX mise sur Starship, son vaisseau spatial réutilisable géant. Les premiers vols sans équipage vers la planète rouge sont envisagés d'ici 2030. Le trajet, long d'environ 225 millions de kilomètres en moyenne, durerait de six à neuf mois. Ces missions préliminaires testeront les systèmes d'atterrissage et commenceront à installer des infrastructures de base. Les vols habités suivraient quelques années plus tard.

L'exploitation des astéroïdes, un horizon plus lointain

SpaceX envisage également d'utiliser les ressources des corps célestes proches de la Terre pour soutenir l'expansion multi-planétaire. Les astéroïdes, qui se déplacent sur des orbites changeantes, pourraient un jour être exploités. Leur faible gravité faciliterait l'atterrissage et l'extraction de matériaux comme le platine, le nickel, l'or et la glace (eau) — tous essentiels pour la vie, la construction d'habitats et la production de carburant sur Mars. Les analystes du secteur spatial estiment toutefois que l'exploitation minière à grande échelle des astéroïdes n'interviendra pas avant les années 2040, voire plus tard.

La Lune comme première étape

Un pas crucial sera la Lune, accessible en seulement trois jours de voyage depuis la Terre. SpaceX imagine y construire des habitats, des usines et des dépôts de carburant, une solution bien moins coûteuse que de lancer des tonnes de matériaux depuis la Terre.

Des centres de données en orbite pour l'IA

Elon Musk voit aussi dans l'espace une réponse à l'un des plus grands défis de l'intelligence artificielle : l'énorme quantité d'énergie et de refroidissement nécessaire aux centres de données massifs. SpaceX a avancé l'idée de placer de gigantesques superordinateurs d'IA en orbite, sur de grands réseaux de satellites. Ces centres pourraient utiliser l'énergie solaire illimitée et le vide glacial de l'espace pour un refroidissement gratuit, rendant l'entraînement de l'IA à grande échelle bien moins cher et plus efficace que sur Terre.

Un pari risqué pour les investisseurs ?

Si les projets d'Elon Musk semblent tout droit sortis de la science-fiction, leur financement repose désormais sur les marchés financiers. L'IPO de SpaceX offre une occasion inédite au grand public d'investir dans la conquête spatiale, mais les investisseurs devront composer avec une entreprise encore non rentable et dont le fondateur conserve un pouvoir de décision prépondérant. L'aventure vers Mars, l'exploitation des astéroïdes et les centres de données orbitaux pourraient prendre des décennies à se concrétiser, voire ne jamais voir le jour. La question reste ouverte : ces ambitions cosmiques sont-elles le prochain bond de l'humanité ou un trou noir pour les capitaux ?