Les contribuables australiens subventionnent chaque année à hauteur de 4 milliards de dollars l’utilisation d’énergies fossiles par les grands groupes miniers, selon des documents et calculs rendus publics dans le cadre d’une enquête approfondie. Ce montant correspond notamment au régime de crédits d’impôt sur le gazole qui permet aux entreprises minières d’économiser des sommes considérables sur le carburant utilisé pour leurs opérations.
Le paradoxe climatique de BHP
Cette révélation intervient alors que BHP, première entreprise minière mondiale, a reconnu dans une note interne que ses objectifs climatiques étaient en fait “inatteignables” à court terme, ce qui a conduit à un net ralentissement de sa politique environnementale. La note, rédigée par des cadres dirigeants et dont le contenu a été divulgué, explique que les réductions d’émissions promises ne pourront être réalisées sans des investissements massifs dans les technologies propres, investissements que la direction juge désormais trop coûteux ou risqués.
“BHP n’est pas la seule parmi ses pairs à réduire son action climatique”, écrivent les auteurs de l’enquête. D’autres grandes compagnies minières, comme Rio Tinto, auraient soit cédé à la crainte suscitée par le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, soit utilisé son arrivée comme prétexte pour abandonner leurs engagements environnementaux.
Un système de subventions contesté
Le mécanisme de subventions dénoncé repose sur les “crédits d’impôt pour le gazole” (fuel tax credits), qui remboursent aux entreprises une partie de la taxe sur les carburants. Initialement conçu pour alléger les coûts des transports routiers dans les zones reculées, ce dispositif profite aujourd’hui très largement aux géants miniers, qui consomment des volumes considérables de diesel pour leurs engins de chantier, leurs camions et leurs installations fixes.
Selon les calculs des enquêteurs, le montant annuel de ces aides atteint environ 4 milliards de dollars australiens, soit près de 2,6 milliards de dollars américains au taux de change actuel. Ce chiffre dépasse le budget de nombreux programmes publics de lutte contre le changement climatique.
Une contradiction avec l’objectif zéro émission
Les opposants à ce système soulignent le paradoxe : alors que l’Australie s’est engagée à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, elle continue d’accorder des subventions massives aux industries les plus émettrices de gaz à effet de serre. “C’est une étrange manière de s’attaquer aux émissions”, commente l’un des rapporteurs de l’enquête, en référence à la phrase qui ouvre l’article original.
Les experts estiment que la suppression progressive de ces subventions pourrait libérer des ressources financières importantes pour financer la transition énergétique, tout en incitant les entreprises minières à décarboner leurs activités plus rapidement.
Des conséquences mondiales
BHP, Rio Tinto et les autres acteurs du secteur minier australien sont parmi les plus grands émetteurs de CO₂ de la planète, du fait de l’ampleur de leurs opérations et de l’intensité carbonée de leurs processus. Leurs engagements climatiques, souvent présentés comme ambitieux, sont aujourd’hui remis en cause par ces révélations.
L’enquête met en lumière la responsabilité particulière du plus grand mineur mondial : “Compte tenu de l’ampleur de sa contribution au réchauffement climatique, il a le devoir d’investir massivement dans des solutions qui pourraient avoir un impact global”, souligne l’analyse. Mais les décisions internes récentes suggèrent que la priorité est donnée à la rentabilité à court terme plutôt qu’à la décarbonation.
Réactions politiques attendues
Ces informations relancent le débat sur la réforme des subventions aux énergies fossiles en Australie. Le gouvernement travailliste, qui s’est fixé des objectifs climatiques plus ambitieux que ses prédécesseurs, est sous pression pour supprimer ces avantages fiscaux. Cependant, la puissance du lobby minier et les intérêts économiques en jeu rendent toute réforme politiquement sensible.
Aucune déclaration officielle n’a encore été faite par le gouvernement australien ou par les directions de BHP et Rio Tinto à la suite de la publication de ces documents. Les observateurs s’attendent à des discussions animées dans les semaines à venir, alors que l’Australie s’apprête à accueillir des conférences internationales sur le climat.