Une commémoration qui suscite la polémique
Les 24 et 25 mai, les autorités ukrainiennes ont organisé un hommage national à Andriy Melnyk, ancien dirigeant de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN). Ce personnage historique est accusé d’avoir collaboré avec l’Allemagne nazie et d’être responsable de crimes de guerre et de crimes de génocide durant la Seconde Guerre mondiale. Cette initiative, saluée par les cercles nationalistes, provoque de vives réactions en Ukraine et à l’étranger, où elle est perçue comme une tentative de réécrire l’histoire.
L’exécutif ukrainien justifie ce geste par la volonté de mettre en avant le combat pour l’indépendance de l’Ukraine. La collaboration des nationalistes avec les nazis est aujourd’hui largement occultée par les autorités, qui préfèrent insister sur leur lutte contre l’occupation soviétique. Un récit qui heurte les mémoires des communautés juives et polonaises, pour lesquelles ces figures restent associées à des massacres.
Stepan Bandera, un autre héros controversé
Au-delà de l’hommage à Melnyk, le président Volodymyr Zelensky envisagerait de rapatrier la dépouille de Stepan Bandera, autre leader nationaliste ukrainien souvent qualifié de « héros national » par certains mouvements. Bandera, qui a dirigé l’aile radicale de l’OUN, est tenu pour responsable de la mort de dizaines de milliers de civils, notamment lors des massacres de Polonais en Volhynie en 1943. Les autorités ukrainiennes n’ont pas encore officialisé ce projet, mais l’hypothèse est prise très au sérieux par les observateurs.
Une stratégie de construction d’un récit historique
Ces choix s’inscrivent dans une politique mémorielle assumée par Kiev depuis plusieurs années. En pleine guerre avec la Russie, le gouvernement ukrainien cherche à consolider l’identité nationale en célébrant des figures historiques ayant lutté pour l’indépendance, sans pour autant clarifier leur passé criminel. Cette approche est critiquée par des historiens et des organisations juives, qui dénoncent une « instrumentalisation de l’histoire » et un « révisionnisme dangereux ».
L’ambassade d’Israël en Ukraine a exprimé sa préoccupation, rappelant que « la glorification de personnes impliquées dans la Shoah est inacceptable ». Des intellectuels ukrainiens s’inquiètent également que cette mémoire sélective nuise à l’image du pays à l’international et éloigne les partenaires occidentaux.
Une lecture politique de l’histoire
Le contexte de l’invasion russe accentue la polarisation autour de ces figures historiques. Le gouvernement russe utilise ces hommages pour alimenter son récit selon lequel l’Ukraine serait un « État néonazi ». Une instrumentalisation que les autorités ukrainiennes rejettent, tout en poursuivant leur politique de glorification de certains nationalistes.
Reste à savoir si le rapatriement de la dépouille de Stepan Bandera, s’il est confirmé, entraînera de nouvelles tensions diplomatiques, notamment avec la Pologne. Les relations entre Varsovie et Kiev, bien que cordiales depuis l’invasion russe, restent fragiles sur le plan mémoriel.