Alors que le Calantha, un pesticide à ARN interférent (ARNi), n'a pas encore reçu d'autorisation de mise sur le marché au niveau européen, la Belgique a accordé une dérogation d'urgence pour son utilisation contre les doryphores dans les champs de pommes de terre. Cette décision, effective du 1er mai au 23 août 2026, a immédiatement suscité l'opposition des associations Pollinis et Nature & Progrès Belgique, qui ont déposé un recours devant le Conseil d'État le 18 mai 2026 pour obtenir son annulation.

Un mécanisme génétique ciblé

Le Calantha contient une substance active, le ledprona, qui appartient à la famille des pesticides dits « génétiques ». Son mode d'action repose sur l'ARN interférent (ARNi) : il introduit chez l'insecte cible une molécule d'ARN qui correspond à une séquence précise de son ADN, bloquant ainsi la production d'une protéine essentielle à sa survie. Selon Philippe Jacques, professeur à Gembloux Agro-Bio Tech et spécialiste du biocontrôle, cette approche promet une « extrême spécificité » et permettrait de limiter les impacts sur les espèces non visées. Développé par l'entreprise américaine GreenLight Biosciences, le produit a déjà reçu une autorisation aux États-Unis auprès de l'Agence de protection de l'environnement (EPA) fin 2023.

Une procédure européenne contournée

GreenLight Biosciences a déposé une demande d'homologation pour le ledprona au niveau européen en 2023, mais la procédure est toujours en cours. Celle-ci comprend une première phase d'évaluation de la substance active, suivie d'une seconde étape d'analyse du produit complet, incluant les coformulants – le ledprona ne représentant que moins de 1 % de la composition du Calantha. En sollicitant une autorisation d'urgence auprès des autorités belges, l'entreprise a contourné ce processus. La dérogation a été accordée au titre de l'article 53 du règlement européen 1107/2009, qui permet un usage temporaire lorsqu'une menace pour la production végétale ne peut être écartée par d'autres moyens raisonnables.

Fondements de l'urgence contestés

Les associations contestent le bien-fondé de cette urgence. La Belgique, confrontée à un excédent de 800 000 tonnes de pommes de terre, se demande si une telle dérogation était justifiée. Le Service public fédéral Santé publique a indiqué que le comité d'agréation compétent a estimé que les alternatives existantes étaient insuffisantes pour protéger les cultures de pommes de terre pour la saison à venir. Les représentants régionaux ont débattu de la demande, et le produit a été évalué par le comité, selon la même source. GreenLight Biosciences a par ailleurs obtenu un soutien financier de 35 millions d'euros de la Banque européenne d'investissement pour la recherche et la production de pesticides à ARN en Espagne.