Une image largement partagée par la militante anti-avortement Joanna Howe, censée représenter des jumelles avortées prénommées « Ruth et Emma », serait en réalité une photographie de nouveau-nés phalangers nains, de petits marsupiaux également connus sous le nom de sugar gliders.

L’image montre deux corps roses de très petite taille posés sur un fond blanc. Joanna Howe, professeure de droit à l’Université d’Adélaïde et figure de la mouvance anti-avortement, a affirmé que ce cliché lui avait été envoyé par une femme honteuse de son avortement. Elle l’a utilisé pour promouvoir un rassemblement baptisé « Rally for Emma and Ruth » en faveur d’un projet de loi présenté au Parlement de Nouvelle-Galles du Sud. Ce texte, déposé par le député conservateur Mark Latham, vise à restreindre l’accès à l’avortement dans cet État australien.

Des spécialistes remettent en cause l’authenticité de l’image

Plusieurs biologistes et experts en imagerie médicale ont examiné la photo et conclu qu’elle ne correspond pas à des fœtus humains. Selon eux, la morphologie des corps, la position des membres et l’absence de cordon ombilical ou de structures anatomiques typiques d’un embryon humain de cet âge gestationnel sont incompatibles avec une grossesse humaine. En revanche, ces caractéristiques sont parfaitement conformes à celles de bébés phalangers nains, une espèce de marsupiaux originaire d’Australie et d’Indonésie, dont les petits naissent extrêmement immatures et ressemblent à de petites masses roses.

La confusion proviendrait d’une vidéo publiée sur le réseau social TikTok par un utilisateur nommé germainmaur, qui montrait deux bébés phalangers nains sauvés et placés sur un fond clair. Des captures d’écran de cette vidéo auraient été reprises et recadrées pour servir de preuve visuelle dans le cadre de la campagne anti-avortement. Interrogée, Joanna Howe n’a pas reconnu l’erreur et maintient que l’image lui a été envoyée par une femme qui aurait avorté de jumeaux, sans fournir d’élément permettant de vérifier cette provenance.

Une polémique qui relance le débat sur la désinformation

Cette affaire intervient alors que le débat sur l’avortement est particulièrement vif en Australie, notamment en Nouvelle-Galles du Sud où le projet de loi de Mark Latham prévoit d’interdire les interruptions de grossesse après 22 semaines, sauf exceptions médicales très strictes. Les défenseurs du droit à l’avortement dénoncent une manipulation de l’opinion publique par l’utilisation d’images trompeuses. « Ce n’est pas la première fois que des militants anti-choix utilisent des photos non humaines pour susciter l’émotion », a déclaré une porte-parole d’une association de planning familial australienne.

L’épisode a également été largement commenté sur les réseaux sociaux, où de nombreux internautes ont pointé la ressemblance entre l’image diffusée par Joanna Howe et celle des phalangers nains. Des vérificateurs de faits ont également pris le relais, confirmant que l’image originale provenait bien d’une vidéo TikTok montrant des animaux et non des fœtus humains.

Un précédent dans la communication anti-avortement

Ce n’est pas la première fois que des militants anti-avortement sont accusés d’utiliser des images trompeuses. Aux États-Unis et en Europe, des cas similaires ont été documentés, où des photographies de fœtus d’animaux (notamment de porcs ou de primates) ont été présentées comme des embryons humains pour choquer l’opinion. Les experts en communication rappellent que ces pratiques visent à contourner les restrictions légales sur la diffusion d’images d’avortement réelles, souvent interdites dans plusieurs pays.

En Australie, la diffusion de cette image a suscité des réactions jusqu’au Parlement. Le Parti travailliste a dénoncé une « manipulation grossière » et a appelé à un débat « fondé sur des faits, non sur des mensonges visuels ». De son côté, Mark Latham, qui soutient la démarche de Joanna Howe, n’a pas commenté directement l’authenticité de l’image, mais a réaffirmé son opposition à l’avortement.

L’affaire relance la question de la régulation des contenus trompeurs en ligne, en particulier dans le cadre de campagnes politiques ou militantes. Les plateformes comme X (anciennement Twitter) et TikTok sont de plus en plus sollicitées pour retirer des contenus manipulatoires, mais le rythme des vérifications reste souvent inférieur à la vitesse de propagation des publications virales.

Conclusion : une image qui alimente une controverse durable

En attendant que Joanna Howe apporte des preuves tangibles de sa source, le doute demeure. Pour les chercheurs ayant analysé l’image, la probabilité qu’il s’agisse de phalangers nains est extrêmement élevée. Cette affaire illustre comment des contenus détournés peuvent influencer un débat de société sensible, et souligne l’importance de la vérification des sources dans les combats politiques et éthiques.

Le projet de loi de Nouvelle-Galles du Sud devrait être examiné dans les prochaines semaines. Il est probable que la controverse autour de l’image refasse surface lors des auditions publiques ou des débats parlementaires.